Yuio – Traits pour traits.

Interview réalisée par Rébecca Deville / Photo bannière : source Yuio

On vous l’avait présenté dans notre sélection des « BD namuroises qui carto(o)nnent » ! Aujourd’hui, CinqMille vous en dit plus…

Etienne Simon est un Namurois pure souche mais vous le connaissez probablement plus grâce à son surnom : Yuio. Pourquoi ce surnom étrange vous demandez-vous sûrement ? Eh bien, c’est pour sa consonance japonaise et pour la facilité de le taper sur un ordinateur : 4 lettres qui se suivent sur un clavier. Un vrai Namurois, on vous l’avait dit !

Images Source : Yuio

Cet illustrateur est vraiment touche-à-tout et il publie une nouvelle BD qui nous explique comme avoir un bon coup de crayon, bic, feutre ou stylet afin de réaliser nos propres BD.

La sortie de ce nouvel ouvrage était donc l’occasion de le rencontrer afin d’en savoir plus sur son parcours, sa vie d’illustrateur ou encore ses lieux favoris dans le Namurois !

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CinqMille : Quel est ton parcours dans le milieu de l’illustration ?

Yuio : J’ai commencé à Saint-Luc à Bruxelles car c’est plus ou moins par là que sont passés tous les auteurs que j’aimais. J’allais en plus au cours du soir en dessin de nus car, même si je pensais avoir un bon niveau, je me suis rendu compte que j’étais nul en fait…

Mes parents m’avaient laissé 3 ans pour finir mes études et, après ça, je devais travailler ou revenir chez eux. J’avais vécu 3 ans en kot donc je n’étais pas super heureux à l’idée de retourner chez eux – même si je les aime beaucoup – ! En dernière année, j’ai trouvé des petits boulots dans la création de toutes-boites, dans une boite de jeux vidéo et d’autres jobs de ce genre. C’est ce qui m’a permis d’avoir déjà des contacts dans le milieu.

Par après, je me suis retrouvé chez Artis Historia – que les plus jeunes ne doivent pas connaitre – qui faisait des collections de beaux livres. Là, j’ai pu illustrer 20 tomes pour me lancer.

Je me suis aussi jeté à l’eau et j’ai écrit à Manu Larcenet et Mike Mignola (en 98, tout le monde répondait aux e-mails tellement c’était la folie d’en recevoir…) qui étaient des références pour moi. Larcenet m’a dit qu’il cherchait un coloriste pour Pedro le Coati et c’était parti.

Ma femme m’a poussé en me disant que je devenais un ours et que je devais voir du monde !

Je postais également des travaux sur le forum « café-salé », pour avoir un retour sur ce que je faisais. Ça m’a permis d’élargir mon réseau et de faire plein de trucs par la suite.

Jusqu’à ce dernier challenge : devenir professeur. J’avais mon CAP, j’étais prêt… mais il fallait me lancer. Ma femme m’a poussé en me disant que je devenais un ours et que je devais voir du monde !

On peut donc dire que mon parcours reste en étoile, tout est relié et part à droite à gauche.

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Si tu arrives à tout composer, alors ton frigo sera rempli.

CinqMille : Pourquoi t’être autant diversifié ?

Yuio : Le monde du dessin est vaste… et heureusement d’ailleurs, ça permet aux artistes de manger ! Faire de la BD permet d’avoir des compétences en dessin et donne l’opportunité de faire non seulement de la bande-dessinée et de l’illustration mais aussi de la communication. Cela signifie faire passer un message via un dessin ou un logo comme ce que j’avais pu faire avec Delhaize ou Kidibull. Il y a aussi le chara-design des jeux vidéo. Certains copains ont aussi fait des décors de théâtre, d’autres du story-board. Si tu arrives à tout composer, alors ton frigo sera rempli. C’est ce que j’ai fait pour avoir une sécurité financière et une stabilité. La créativité est partout donc il n’y a pas de boulot moins stimulant ou simplement « alimentaire » dans ce milieu. A chacun de trouver la créativité dans ce qu’il fait.

Images Source : Yuio

CinqMille : Pourquoi avoir voulu réaliser une BD pédagogique sur « comment réaliser une BD » ?

Yuio : Deux BD m’ont fortement marqué : « L’apprenti mangaka » d’Akira Toriyama qui explique les choses façon « Dragon Ball ». C’est fun, ça bouge… mais c’est pas franco-belge ! Et puis Scott McCloud qui a fait « L’art invisible » où il parle du « concept BD » mais qui est plus pour les experts. Je me suis dit qu’il fallait un truc entre les deux.

J’avais déjà fait des planches pour mes étudiants à Saint-Luc avec qui j’étais parti du niveau « zéro » de la BD pour leur montrer qu’on pouvait en faire avec tout et n’importe quoi. Au fil du temps, j’avais 40 pages de planches. Je les ai montres à un éditeur, Eyrolles. Deux ans de boulot plus tard, le livre est sorti.

Je voulais vraiment vulgariser cet art pour qu’on arrête de croire que le dessin c’est un truc super compliqué. Je voulais que les gens puissent se dire : « Que je sois petit, moyen ou grand, avec des formes simples, je peux faire des choses ! » ou alors que, quand ils regardent une photo ou un film, ils puissent en analyser la composition.

On peut donc lire cette BD de manière fun avec l’humour que j’ai essayé d’y mettre et, en même temps, je sais que une bonne base pour commencer à dessiner.

C’est un vrai métier que nous faisons !

Images Source : Yuio

CinqMille : Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui veulent se lancer dans la BD ?

Yuio : Tout d’abord, on ne peut promettre la réussite à personne dans ce milieu, mais on peut lui dire que, par exemple, au Japon, toutes les boites ont des mascottes. Tout se fait par le visuel, ce qui n’est pas encore le cas ici donc on peut encore faire plein de choses. Il faut arriver avec la bonne idée, s’imposer, proposer.

C’est important aussi de valoriser son métier parce que, du boulot, il y en a plein mais se faire respecter comme le boulanger, le plombier, les gens qui ont fait des études, c’est plus compliqué. Nous savons combien d’heures nous avons travaillé sur des illustrations donc c’est à nous de décider d’un prix comme le ferait un artisan. Certains voudront vendre moins cher leurs dessins afin d’être accessible à plus de personnes, c’est bien mais, en même temps, ils se font du mal car ce n’est pas valoriser ce qu’ils font. C’est un vrai métier que nous faisons.

Une autre chose à laquelle il faut faire attention, c’est le syndrome de l’imposteur. C’est se dire : « J’ai de la chance ! », « Je doute de moi mais sourions pour que tout se passe bien ! ». Il faut avoir confiance en ses capacités si on est souvent recontacté pour des projets. Je me rends compte que je travaille avec de grosses boites parce que, simplement, je remets à temps les projets. Je vais m’arranger pour que tout se passe bien, parfois je déconne un peu et je passe des nuits de 4 heures pour certains projets mais ça reste mon problème. Il faut donc remettre à temps, se faire un planning et le tenir. On ne peut, dès lors, pas être « artiste bohème » en illustration ou en BD. Il faut s’organiser. Par exemple, s’occuper des réseaux sociaux le matin pour montrer qu’on est actif puis travailler sur nos projets le reste de la journée.

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Ce magasin, c’était la quincaillerie de mes grand-parents paternels.

CinqMille : Tu es toujours resté sur Namur ?

Yuio : Oui, toujours ! Si vous regardez le magasin « Zara », dans la rue de fer, il y a une frise en pierre bleue avec des ustensiles liés aux métiers du fer (une enclume, un marteau, etc.). Ce magasin, c’était la quincaillerie de mes grand-parents paternels et la maison où j’habite, c’est la cinquième génération qui s’y trouve !

Je n’ai pas une vraie vie namuroise actuellement mais j’ai participé à une radio locale : Radio Laser. J’ai fait des concerts aussi sur Namur et Ciney, je me souviens que Rockamusic me prêtait du matos.
J’ai tendance à rester dans l’ombre. Je préfère exposer mon boulot que moi-même.

CinqMille : Quels sont tes lieux favoris dans la ville ?

Yuio : Très étrangement, j’adore le Barnabeer alors que je ne bois pas d’alcool ! Ceux qui le tiennent, je les considère comme des amis. On a fait pas mal de choses ensemble vu qu’ils sont de Wépion aussi. C’est un très bel endroit et ils ont une carte de soft qui est originale ! Ce qui me permet d’y aller avec mes enfants ou pour faire des interviews, pour des rendez-vous professionnels… Ils font un très bon chocolat viennois !

Images Source : Yuio

Niveau librairie, je vais toujours chez Ad Hoc car ils conseillent bien et ils ont des mangas.

Et puis, Jukebox pour la musique. Je lui dois mon adolescence ! Si j’ai besoin de quelque chose à ce niveau, je vais chez lui !
Je trouve ça bien aussi que la rue des Carmes revive grâce au Caméo. J’aime bien aller chez Ramdâm pour trouver des livres en seconde main.

Pour mes derniers concerts, je suis allé au Belvédère et à Lustin, au Foyau, où j’ai vu Dog eat Dog, Ugly Kid Joe, Lofofora, etc.

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