Une NUIT SOLAIRE

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Rédaction : Adrien Burton // Photos : Skit

« Tiens, encore une expo du club d’aquarelle de Court-Saint-Etienne. » me dis-je devant l’affiche avant de bien vite me reprendre : Musiques sacrées du monde ?…

Que pouvaient bien cacher cet astre aux tons pastel et cette typographie digne des grandes heures de la prohibition? Comment ce mélange improbable pouvait à ce point aiguiser ma curiosité ?

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Un mail et quelques coups de fil plus tard, nous passions le portique de l’abbaye de Floreffe par une après-midi digne des meilleures promesses d’été. Une question animait néanmoins les échanges avec ma camarade de promenade du jour – Skit pour les intimes -, et ce depuis notre départ de Namur : Les musiques sacrées du monde, cékoissa ?

Musique ? On ne me la fait pas. Ayant passé ces 25 dernières années à écluser les scènes dans des groupes aussi inconnus que hasardeux, je maîtrise le sujet.

Sacrée ? Je connais. Mon père n’ayant eu de cesse de me répéter au long de ma laborieuse ascension  vers l’âge adulte quel sacré numéro je pouvais être, quelles sacrées dérouillées j’allais prendre si j’osais encore brosser les cours, sans oublier LE Sacré Graal, climax de ma culture cinématographique.

Du monde ? Bon, c’est une chronique, pas un dictionnaire en ligne.

Arrivé sur le site, à hauteur des jardins en terrasse, ô joie, ô félicité ! : Une douce musique méditative caressant mes tympans, je vis les corps alanguis, pieds nus, se laissant doucement lécher par les rayons du soleil printaniers, allongés sur l’herbe comme déposés là par la main nonchalante d’un créateur au large sourire. Cherchant en vain le stand des psychotropes, je me retrouvai à l’accueil où une charmante personne me fit le tour du propriétaire. Espace artistes/presse accueillant, programme papier clair, petite visite guidée des lieux avec explicatif du pourquoi du comment.

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D’ailleurs c’était comment ?

Dans le cloître dont le sol est recouvert d’un océan de tapis, le sitar indien – arme de pacification massive – distille son langage astral aux arrivants. Les vibrations méditatives bercent le public qui s’est mis à l’aise pour l’occasion, assis ou même couché sur le sol chamarré qui invite à la sieste de l’esprit. Je me pose dans cette atmosphère paisible.

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Changement de décor. Quentin Dujardin – ici dans le quatuor Resonnance – nous fait remonter le temps de quelques siècles, transportant l’assemblée entre Toscane romantique et Séville médiévale. La lumière cristalline de l’abbatiale se matérialise sous nos yeux, rendant aux sonorités mélancoliques des chants séfarades l’espoir d’un destin meilleur, où les fruits généreux du moyen orient sont presque à portée de main. Les cœurs et les corps se réchauffent, et c’est bon car la température dans le saint lieu rappelle qu’en avril, on ne se découvre pas d’un fil…

A peine le temps de commander une pils de Silly esperanzhoïde que Tristan Driessens nous kidnappe pour une chevauchée ottomane. Le soir commence à tomber, les murs maintenant écarlates irradient les sonorités complexes de l’oud et des percussions.  L’attention du public est palpable, celui-là qui, malgré une apparente décontraction, ne perd pas une goutte de la prestation de haut-vol distillée par les musiciens en soif de communiquer.

Découvertes ouvrant l’appétit, je file vers l’arrière cour où sont hébergés pour l’occasion quelques stands qui nous mènent à eux de leurs seules effluves alléchantes. Belles assiettes variées, légumes bios et préparations maison, prix corrects. Pas de doute, l’esprit Esperanzah! n’est pas loin, on sent ici la volonté de satisfaire le corps et l’esprit.

Mais pas question de traîner ! Dhafer Youssef est déjà sur scène dans l’abbatiale, flanqué d’un band qui fleure bon l’intercontinental. Tandis que les rythmiques brésiliennes font taper du pied, la vaste coupole du plafond se métamorphose en nébuleuse vivante, les bleus profonds de lumière lui conférant une dimension quasi mystique. Nous assistons à la rencontre d’univers colossaux : la voix irisée de Dhafer slalome avec les harmoniques du saxo, les rythmiques jazzy de l’oud jouent les chefs d’orchestre, envoûtées par une guitare aux couleurs psychés. L’énergie déployée sur scène vaut le détour. Le temps d’une apnée, j’entrevois ce que pourrait être la musique sans frontières, sans barrière, juste pour le plaisir comme dirait Herbert.

J’ai apprécié :

° La programmation clairement poly-culturelle, le caractère hybride mais de très haut niveau des musiciens, dans des styles hyper éclectiques, explorant des périodes variées de l’histoire de la musique.

° L’organisation relax et familiale – les bénévoles sont pour la majorité détachés du festival Esperanzah ! – qui donne au public la sensation de faire partie du projet.

° La qualité sonore. Chapeau bas aux travailleurs du son qui ont réussi à harmoniser une architecture complexe et des instruments parfois ardus à sonoriser.

J’ai moins apprécié :

° Le timing un peu serré entre les concerts.

° La température pré-printanière de l’abbatiale qui obligeait le public à passer une petit laine.

Faire sortir de terre un nouveau festival est toujours un pari, surtout en proposant une programmation si pointue et diversifiée. Le public a pourtant répondu en masse à cette première Nuit Solaire. Environ 800 personnes se sont déplacées et, cerise sur le gâteau, ont su montrer du respect et de l’écoute pour l’univers protéiforme des musiques sacrées du monde. Un bon point qui présagera peut-être une édition 2020 …

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Retrouvez plus d’infos sur https://www.esperanzah.be/nuit-solaire/