UNE MAISON PAISIBLE GRÂCE AUX ÉCRANS ? Oh les gosses, on vous a demandé votre avis ? Quand les Nékicool s’adressent en direct à un pédagogue et deux psychologues

Interview : Ludo et Charlie Photos : mdg mdg

Avec :

Julien Annart, détaché pédagogique jeux vidéo auprès de FOr’J (Fédération et Organisation de Jeunesse)

Arnaud Zarbo, psychologue et formateur en prévention au Centre NADJA asbl

Pascal Minotte, psychologue et psychothérapeute, chercheur au Centre de Référence en Santé Mentale (CRéSaM)

Crédit Photo : Mdg Mdg

Alors, voici quelques questions que se posent nos Nékicool.

JA : Vos quoi ?

CM : Nékicool… Ce sont des enfants et des jeunes ados qui réalisent des interviews et des chroniques pour Cinqmille, ça change un peu le point de vue et, pour le coup, le sujet leur parle !

JA : C’est parti alors !

Les Nékicool : Dites aux parents que les jeux vidéo c’est pas mauvais pour la santé !

AZ : À ma connaissance, aucune étude à ce jour n’est parvenue à démontrer formellement que les jeux vidéo ont un effet direct négatif (ou positif) sur la santé. Ce sont les conditions dans lesquelles on joue qui peuvent avoir une influence. Jouer vingt heures par jour, c’est sûr que ce n’est pas très sain, mais c’est valable pour n’importe quel loisir.

Crédit Photo : Mdg Mdg

Les Nékicool : Pourquoi est-ce que les jeux éducatifs sont souvent ennuyants ?

JA : Parce que réaliser un jeu vidéo, c’est très compliqué. Cela demande beaucoup de temps, de compétences et d’argent. Et l’équilibre à trouver pour que ce jeu soit bon est encore plus difficile à construire. Si à toutes ces difficultés vous ajoutez l’obligation d’apprendre, produire un bon jeu relève alors du défi.

Sans compter que ces jeux éducatifs sont souvent commandés aux studios de jeux vidéo par des structures peu expertes dans le domaine qui imposent beaucoup de textes souvent difficiles à intégrer dans une logique ludique et disposent de faibles budgets. De l’accumulation de ces insuffisances découlent beaucoup de jeux éducatifs et de serious games pas terribles.

AZ : C’est surtout parce que souvent, on veut déguiser un projet éducatif en jeu vidéo. Le côté fun est ce qui est envisagé en dernier. Et c’est vrai que rivaliser avec les moyens colossaux des jeux AAA (les gros titres) est impossible.


Les Nékicool : Pourquoi est-ce qu’on dit que les jeux vidéo rendent violents ? Je vais pas tuer parce que je joue à « Call of Duty »…

JA : Il importe de bien réaliser que les jeux violents et déconseillés aux moins de 18 ans sont minoritaires dans la production mondiale, même s’ils sont particulièrement mis en avant dans les campagnes marketing.

Il s’agit d’une panique morale déjà ancienne que l’on retrouve dès les années 1970 avec le succès de l’arcade. Elle découle notamment d’une mauvaise compréhension du média où l’on confond ce qui est représenté à l’écran et ce que les joueurs réalisent vraiment, c’est-à-dire appuyer sur des boutons. Néanmoins, les éditeurs et consoliers ont aussi joué de cette polémique, particulièrement dans les années 1990, pour surfer sur ce marketing gratuit. Enfin, en favorisant et en promouvant pendant de nombreuses années des jeux militaristes, ils ont donné une image déformée du média.

De très nombreuses études ont été réalisées depuis plus de 25 ans et aucune n’a montré de lien entre la violence représentée à l’écran et un éventuel passage à l’acte.

Je me permets de conclure en te retournant une question : est-ce que les Call of Duty sont des jeux indiqués en-dessous d’un certain âge, de par leur violence graphique et leur idéologie réactionnaire ?

AZ : Pour le dire autrement, le problème ce n’est pas qu’on se batte ou que l’on tue dans les jeux vidéo (on le faisait déjà aux échecs), c’est que dans des licences bien connues la guerre soit montrée comme le principal moyen de résoudre les problèmes. Après, certaines images peuvent choquer. Il faut comprendre que comme les films, tous les jeux ne sont pas prévus pour les enfants. « Le parrain » est un excellent film de gangsters mais il n’est pas du tout indiqué pour les enfants car il comporte des scènes violentes et des personnages sans scrupules. Pour autant, à ma connaissance, il n’a pas provoqué d’embrigadement dans la mafia ou augmenté le crime organisé dans le monde.

Crédit Photo : Skit

Les Nékicool : Vous pourriez nous donner des arguments pour convaincre les parents de nous laisser jouer ?

JA : Discutez avec eux des règles sur ce sujet et défendez votre position de manière honnête. C’est-à-dire que vous ne devez pas profiter de leur ignorance pour les rouler. Mais sans renoncer à un média qui vous plaît.

Prenez le temps de leur expliquer pourquoi vous appréciez les jeux vidéo et quels jeux vous aimez particulièrement. Cela vous obligera à comprendre vos jeux pour être capable de les expliquer clairement. N’hésitez pas à négocier un « échange d’intérêts », vos parents vous parlant de leurs passions de grands en échange d’une discussion à table à propos des jeux vidéo.

AZ : Même topo que pour vos parents. Les convaincre que « c’est bien de jouer » est un peu hors de votre portée. Vous pouvez par contre, leur proposer un cadre : d’un côté ils vous autorisent à jouer mais de l’autre, il y a une série de points auxquels vous vous engagez. Ensemble vous pouvez discuter de ce que ça implique. Ce n’est pas très marrant mais la décision finale reviendra à vos parents. S’ils voient que vous tenez vos engagements et que vous ne vous transformez pas en extraterrestres, le jeu vidéo ne devrait plus trop être un sujet de conflit.

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