Un art plein de créativité, de matières et de récup’

Interview : Simon Arnould / Photos : Sébastien Roberty

Derrière cette mystérieuse Fanny Debatty aux yeux énormes, il y a l’artiste plasticienne namuroise à l’univers bien marqué. Une fille ultra créative et talentueuse qui a décidé de conquérir Namur à coups de p’tites boites d’allumettes !

Cinqmille : Fanny, parle-nous un peu de toi et de ton parcours…

Fanny Debatty : Quand j’étais toute petite, ma maman était hyper créative et elle m’a toujours encouragée. Elle m’a inscrite à des cours du soir aux Beaux-Arts à quinze ans et j’ai participé à un concours de dessin pour une association de lutte contre le sida. J’avais dessiné deux petits bonhommes tout nus sur une branche devant la lune, regardant un préservatif volant. J’ai gagné le prix du public, et c’est vrai que ça m’a donné pas mal de confiance. A dix-huit ans, je me suis lancée dans des études d’illustration à Saint-Luc Liège et le fait d’être entourée d’élèves super créatifs m’a carrément mis à l’épreuve, ça m’a permis de devenir ce que je suis aujourd’hui.

C’est pour camoufler mes erreurs que j’en suis arrivé à dessiner des corps tordus, à utiliser de la couleur et des textures.

Fanny Debatty

CM : Qu’est-ce qui se passe dans ta tête lorsque tu imagines tous ces personnages étranges, légèrement difformes ? Tu as vécu une enfance difficile ou alors justement tes parents t’ont trop lu « Martine à la ferme » ?

FD : (Rire) En fait, non ! J’ai eu une enfance plutôt facile et on ne m’a pas lu trop de Martine ! Disons que tous ces personnages, je ne les imagine jamais comme ça dès le départ. Au début de mon parcours, j’avais du mal à travailler sous les contraintes imposées par mes professeurs, puis j’en ai fait ma force en arrivant à m’en détourner. A chaque fois, que je n’arrivais pas à faire quelque chose, je partais dans tout autre chose. Et c’est pour camoufler mes erreurs que j’en suis arrivé à dessiner des corps tordus, à utiliser de la couleur et des textures.

Sébastien Roberty

CM : Tes œuvres sont assez singulières. On sent que tu recherches à détruire les codes et à proposer un univers bien à toi, mais quels sont les artistes qui t’inspirent au quotidien ?

FD : Alors, il y a des artistes que j’adore comme Jean-Michel Basquiat et Marcel Duchamp, mais ils ne m’inspirent pas forcément dans mon travail. Je les admire pour la démarche créative derrière. J’adore l’art conceptuel mais dans mon travail je suis très autocentrée, donc ça ne m’influence pas plus que ça.

CM : Ce qui t’inspire aussi ce sont les matières récupérées. Avoue que tu as toujours rêvé être dans un vieux Paris-Match !

FD : Ha ! Franchement ce serait trop cool de voir ma tête dans un vieux Paris-Match ! C’est vrai que ce qui m’inspire le plus ce sont les vieilles photos de magazines trouvés en brocante. J’ai aussi des caisses entières de vieux clous rouillés, de rétroviseurs cassés, de boucles d’oreilles, etc… que j’utilise sur mes grandes toiles. Et puis j’adopte des méthodes assez particulières pour créer. Je me mets souvent dans des postures délicates, assise par terre, je renverse par exemple sans le vouloir du jus de fruit sur mon dessin, puis je recolle dessus un bout de tissu pour camoufler le tout ! Et au final je trouve ça plus joli qu’avant ! 

Sébastien Roberty

Pour moi c’est plus dur quand quelqu’un est indifférent face à une de mes toiles que quand quelqu’un est rebuté ou choqué.

Fanny Debatty

CM : Dans ton travail, on retrouve parfois un humour féroce, je pense notamment à ton tableau de la vierge Marie dont le visage dégouline parce qu’il pleut…

FD : Oui c’est vrai ! J’adore jouer avec le spectateur afin de provoquer une réaction ! Mes personnages parlent, je leur imagine un passé… Je fais ça parce que ça me fait rire… Pour moi c’est plus dur quand quelqu’un est indifférent face à une de mes toiles que quand quelqu’un est rebuté ou choqué.

Sébastien Roberty

CM : Quel serait l’endroit idéal pour exposer une de tes toiles ?

FD : Pourquoi pas sur la porte d’une église ? C’est peut-être un peu cliché… Finalement un truc qui me plairait ce serait de laisser traîner une toile quelque part afin qu’elle subisse les dégradations du temps. Ça serait drôle de savoir qu’elle voyage et de voir le résultat à la fin.

CM : Tu es animatrice artistique dans l’asbl l’Imaginarium à Malonne. Ça a l’air absolument génial… Peux-tu nous en dire plus ?

FD : Nous proposons des ateliers créatifs (musiques, cuisine, arts plastiques, etc.) pour enfants et adultes. On accueille tous ceux qui le veulent et on travaille aussi avec des CPAS et des institutions sociales!

Je préfère partir dans un trip où je dessine des personnages différents sur 100 petites boites d’allumettes !

Fanny Debatty

CM : Tu as un parcours créatif très varié et tu as dessiné pour la jeunesse notamment. Qu’est-ce qui te plait le plus ?

FD : Je suis pour le moment un peu détachée de la jeunesse afin d’éviter de rester bloquée dans une histoire avec les mêmes personnages.  Je préfère partir dans un trip où je dessine des personnages différents sur 100 petites boites d’allumettes !

Sébastien Roberty

CM : Justement cette histoire d’amour entre toi et les boîtes d’allumettes, ça date d’il y a longtemps ?

FD : (Haha) ! Oui, ça fait un sacré temps et je ne m’en lasse pas. C’est un support que j’aime vraiment bien !

CM : Et à part continuer à dessiner sur des boîtes d’allumettes, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour l’avenir ?

FD : De continuer à faire ce que j’aime, créer sans limite, tout en gardant du temps pour ma famille !

Le travail de Fanny est à découvrir sur Facebook :

Facebook : Fanny Debatty

Facebook : L’Imaginarium ASBL / Site : imaginarium-asbl.be