Que fait ce.tte Namurois.e sur ma table de nuit ?

par Mélanie DE GROOTE, avec la complicité de la Librairie Point Virgule // Images couverture : source « Librairie Point virgule »

On ne le sait que trop peu, on ne le dit que trop peu, les Namurois.es savent écrire et ils.elles le font bien. Si la verve de chez nous crève l’écran plutôt deux fois qu’une, vous seriez sans doute en peine de citer des auteur.e.s namurois.es. Non, Michaux, ça compte pas, ne parlons que des vivant.e.s pour une fois…

Et, en toute franchise, j’avais bien Emmanuelle Pirotte et Eva Kavian en tête, mais j’étais loin d’imaginer qu’autant d’autres se pressaient derrière la machine à écrire. Voyons plutôt…

Emmanuelle Pirotte, D’innombrables soleils, éd. Le Cherche Midi.

Walter a recueilli chez lui son ami Christopher Marlowe laissé pour mort après une rixe. Dans le manoir au bord de la falaise, le poète en sursis rencontre Jane, l’épouse de son hôte. Entre ces deux insoumis naît une passion rare. Les corps et les esprits s’unissent dans un élan charnel et artistique, un amour hanté par la création et l’urgence du temps qui reste.

Emmanuelle Pirotte est historienne, scénariste et femme de lettre. Son oeuvre composée de 4 romans s’est distinguée à plusieurs occasions : prix Historia, du prix Edmée-de-La-Rochefoucauld, prix des Lycéens de littérature.

Sylvestre Sbille, J’écris ton nom, Belfond.

Youra est un jeune médecin, idéaliste, interdit d’exercer car juif. Avec sa bande d’amis, il continue de défier le couvre-feu, d’écouter de la musique prohibée, de refaire le monde. Ce soir d’avril 1943, Youra va même passer à l’action. Avec deux copains d’enfance, il a décidé de tenter d’arrêter le train qui part pour les camps. Youra sait que la « nuit du train » fera de lui quelqu’un d’autre. Plongé dans les eaux troubles de la Résistance et confronté à celles de la collaboration, il interroge les motivations conscientes et inconscientes qui poussent à risquer sa vie et à regarder l’ennemi dans le blanc des yeux.

Sylvestre Sbille, réalisateur et scénariste de documentaires et de fictions, signe ici son premier roman. Sa carrière cinématographique a été couronnée du prix du Premier Film à la 5ème Cérémonie des Magritte du Cinéma.

Nicole Malinconi, Poids plumes, Esperluète Editions.

À la manière d’un naturaliste-poète, Nicole Malinconi observe les oiseaux de nos contrées et en dresse le portrait. Elle place au premier plan ceux que nous côtoyons tous les jours, parfois sans leur prêter beaucoup d’attention. L’un construit son nid, tandis que l’autre perfectionne son chant. D’autres sont en partance vers des régions lointaines… « Observer les oiseaux et restituer leur façon d’être au monde et à la vie, c’est porter l’attention sur l’infiniment petit et mettre des mots sur ce qui semble destiné à ne pas en avoir. C’est un détour du regard pour apprendre à regarder mieux. »

Nicole Malinconi écrit son premier livre en 1985, Hôpital silence, sur les conditions de l’avortement en milieu hospitalier. Marguerite Duras souligna à l’époque son écriture singulière par ces traits : « Ce livre restera vivant dans la littérature ». En 1993, elle obtient le prix Rossel pour son roman Nous deux. Une dizaine d’ouvrages plus tard, on peut dire sans chauvinisme que Nicole Malinconi est l’une des écritures majeures de la littérature (belge) contemporaine.

Nicolas Marchal, Les faux Simenon, Weyrich Edition.

C’est l’histoire d’un jeune homme qui vit dans les livres et a décidé une fois pour toutes que l’amour n’existait pas. C’est l’histoire d’une jeune fille qui vient reconstruire sa vie à Liège, loin de son Lisbonne natal, là où elle pourra retrouver la Danseuse du Gai-Moulin. C’est l’histoire d’un vieux monsieur assis sur un banc qui fume la pipe en pestant sur les résultats du Standard, peu soucieux d’afficher sa parfaite ressemblance avec Georges Simenon…

Nicolas Marchal est professeur de français et auteur de 4 romans dont le 1er, Les Conquêtes véritables, a reçu le prix Première de la RTBF.

Alain Dantinne, 68 rue des Ecoles, Academia.

Plongez dans le parcours d’un enseignant libre et rétif à toute discipline imposée, imaginatif, fou de poésie et de théâtre. Un prof philosophe qui voyage et aime partager ses découvertes, n’hésitant pas à transformer sa classe en agora et à pousser chaque élève au bout de lui-même.
Alain Dantinne publie son premier recueil en 1979… Comment résumé en 3 lignes 40 ans de carrière ??? Disons qu’il a tout écrit : des poèmes, des essais, des romans, des aphorismes illustrés, des pastiches… Il se joue des mots et ça l’amuse…

Joël Bastin, Spirale.

Ils n’auraient jamais dû se rencontrer, ni être mêlés à une histoire commune. Le passé vient perturber leur vie. Une affaire vieille de plus de dix ans, jamais résolue, les plonge dans un tumulte d’événements qui vont les pousser dans les derniers retranchements de leur personnalité. Une spirale infernale qui met en évidence certains aspects de notre monde informatique, financier et sociétal.

Deuxième roman de Joël Bastin, à la fois kinésithérapeute et auteur, et inversément.

Martin Buysse, Muzungu, Zellige.

Rwanda, 1994. Depuis l’assassinat du président de la République, le pays a sombré dans la violence. Kigali, 28 avril. François est debout dans son appartement, face à la porte que viennent de refermer les miliciens. Derrière lui, une femme blessée souffle bruyamment. Ils la lui ont livrée pour s’assurer de sa fidélité à leur cause. Une cause qu’il a embrassée quelques années plus tôt, en Belgique, après s’être lié avec Robert, un Hutu rwandais. Une cause qui parlait de révolution sociale et de peuple majoritaire. Une cause que le souffle de cette femme lui retourne en pleine figure. Il prend alors une décision qui scellera son destin.

Martin Buysse enseigne à l’Université de Louvain, après avoir séjourné au Congo et au Rwanda. Son premier roman, La logique du sang, a été récompensé par le prix 2017 des Marins-pêcheurs guadeloupéens (je devrais peut-être vérifier mieux mes sources…).

Michel Torrekens, L’hirondelle des Andes, Zellige.

À la suite du décès de son père, Pauline prend la décision de tourner le dos à une carrière enviable et de partir au Pérou où sa mère a disparu dans des circonstances troubles lors d’une mission humanitaire. Elle découvre la violence due à l’immense pauvreté des bidonvilles. Elle rencontre des femmes qui ont décidé de se battre pour sortir de cette misère. Elle part sur les traces de sa mère et croise de nombreux personnages hauts en couleur. Elle assemble pas à pas les pièces d’un puzzle incomplet. Ce qu’elle découvre ne correspond à aucun des scénarios qu’elle avait imaginés.

Rédacteur en chef adjoint du Ligueur, Michel Torrekens a publié de nombreux articles de critique littéraire, des recueils de nouvelles et deux romans. Il a reçu le prix Saga Café du meilleur premier roman belge francophone pour Le Géranium de Monsieur Jean.

Nathalie Nottet, Quoi que je fasse, Lys Bleu.

Ma mère m’a dit un jour, non, Louisa, tu n’as pas de père. Le voir après autant d’années. Plus de neuf. Son silence brouillé. Brisé. À cet instant, la certitude que notre vie n’aura plus jamais le même goût. Ce n’est pas une gamine de 9 ans qui plantera notre amour. Pas besoin qu’elle le valide. Il est temps qu’elle ait un père. Dans un maillage choral, les voix des 3 narrateurs s’écorchent, concilient, refusent, graillent, se murent ou résonnent dans une écriture qui épouse leurs dilemmes intérieurs.

Psycho-criminologue de formation, Nathalie Nottet travaille dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Quoi que je fasse est son deuxième roman.

Marthe Galway, Né en 1840, Edilivre.

Ingrid voit le jour alors que la deuxième Guerre mondiale fait rage. Son père pourrait être son grand-père. Elle adore l’écouter évoquer les moments qui ont marqué sa vie. Il lui parle aussi de son propre père né en terre de Flandre en 1840. Ingrid n’a pas connu son grand-père, mais elle n’a pas oublié les récits paternels. À l’automne de sa vie, elle raconte à son tour, mêlant intimement 120 années de petite histoire de sa famille et de grande Histoire de son pays dont elle aborde les aspects politiques, littéraires, artistiques et socioculturels.

Marthe Galway a consacré sa carrière à l’enseignement de la langue de Shakespeare. Elle est l’auteure d’une grammaire anglaise au style très direct. Né en 1840 est son 3ème roman, à mi-chemin entre récit de vie et évocation historique.

Frédéric Ernotte, Comme des mouches, Ed. Lajouanie.

Ça ne devait être qu’un jeu pour oublier la rupture. Une manière pour 2 amies déçues par l’attitude des hommes de se venger en orchestrant le canular de leur vie : sélectionner 8 candidats sur un site de rencontres et les mettre à l’épreuve pour une récompense en or… Mais lorsque le faux profil devient une cible et que les prétendants disparaissent les uns après les autres, Leila et Gwen réalisent que l’amour 2.0 est une arène impitoyable.

Assistant social et journaliste de formation, Frédéric Ernotte compte déjà trois ovnis littéraires à son actif.

Redécouvrez notre chronique Cinqmille sur comme des mouches parue en Novembre dernier !

Gaston Hénuzet, Civetta l’égérie du peintre, Mémogrames.

Un roman qui nous plonge dans nos contrées au coeur de la Renaissance. La fiction, l’histoire et la culture s’entremêlent autour de la figure du peintre mosan Henri Blès et de son égérie, Civetta.

Gaston Hénuzet a consacré sa vie à l’art. Il a entre autres choses dirigé le Théâtre de l’Escalier pendant 10 ans et le Centre culturel de Sambreville. Depuis qu’il est retraité, il s’adonne à l’écriture et a déjà publié 3 romans.

Denis Riguelle, Ma voisine connaitrait-elle Flaubert ?, M. Dricot.

Lorsqu’une nouvelle voisine s’installe à côté de chez Sacha, il y voit une agréable distraction. Il gère une bouquinerie de manière désabusée au centre de Namur, hanté par le décès de sa soeur et tente d’évacuer ses démons par la relecture de l’Education sentimentale de Flaubert. Marie, sa voisine, lui affirme qu’elle aussi connaît cet auteur. Mais peut-on se fier à ce que dit Marie ?

Denis Riguelle est professeur de français. Après avoir écrit et mis en scène un bon nombre de pièces de théâtre pour ses élèves, il décide d’écrire pour lui. Il a signé un recueil de nouvelles et deux romans.

Christine Sepulchre, Femme machine, Ed. du Cerisier.

« Lundi 22 septembre 2014. Après plusieurs années sans travail et force de formations de (re)mise à l’emploi, me voilà, à 48 ans, chômeuse-apprentie-téléphoniste en call-center. Ceci n’est pas une enquête sous le manteau, c’est un Plan-Formation-Insertion. Mon Plan-Formation-Insertion. Narré par moi, a posteriori, avec toute l’authenticité dont je suis capable. J’en assume la subjectivité ! »

Christine Sepulchre a publié deux recueils de nouvelles dont l’un est lauréat du prix 2010 de la Nouvelle en Communauté française de Belgique. Femme machine est son premier roman.

Terminons avec un peu de poésie, parce que c’est beau, b* de m* !

Nicolas Grégoire, Le travail de dire, Editions Rougerie.

Pour ce jeune auteur ce « travail d’écritue » se fait dans la souffrance.Tout ramène le lecteur infailliblement à cette difficulté d’écrire et de vivre. L’écriture comme tentative de vivre face au monde et à soi même. L’auteur n’est pas un expansif, les mots lui viennent au compte-gouttes d’où l’importance donnée aux blancs, aux silences. Ecrire pour vivre « malgré tout » !

Le prix Georges Lockem de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique a été attribué à Nicolas Grégoire en 2007 pour son manuscrit Et rien.

Eva Kavian, L’homme que j’aime, Les Carnets du dessert de lune.

Dans ce recueil, Eva Kavian ne cesse d’entrelacer son souffle à celui de celui qu’elle appelle « son mari », comme un nom qui le différencie de tous les autres hommes. Peu importe son nom, il est « mon mari ». La possession amoureuse, elle le possède, il la possède. Un entrelacs que l’on suit dans l’éblouissement des gestes du quotidien. Le bonheur n’est pas une guirlande éternelle, par le fait même de la vie qui coule. La vie heureuse aura une fin, la vie a une fin.

On termine cette chronique en beauté(s) avec une auteure prolifique dans tous les domaines : poésie, littérature jeunesse, roman… Elle a d’ailleurs été récompensée à plusieurs reprises pour son œuvre littéraire

Si vous détectez l’un ou l’autre oubli dans notre liste, n’hésitez pas à nous envoyer un mail à melanie@cinqmille.be

Dans nos prochains épisodes, nous vous parlerons des sorties 2019 en BD, DVD, CD, Mangas, Beaux livres…

Pour passer des intentions aux actes, voici les bonnes adresses namuroises pour vos lectures :

Librairie Point Virgule
Rue Lelièvre, 1 | 081 22 79 37 | www.librairiepointvirgule.be
Ouvert du lundi au samedi, de 9h30 à 18h30

Librairie Papyrus
Rue Bas de la Place, 16 | 081 22 14 21 | www.librairiepapyrus.be
Ouvert du lundi au samedi, de 9h à 18h

Boutique RamD’Am
Rue des Carmes, 52 | 081 65 54 34 | www.boutiqueramdam.com
Ouvert du lundi au samedi, de 10h à 18h

Commentaires

commentaires