Marine Bernard : l’art et la joie

Interview : Carine Simão Pires

D’un dessin à l’autre, l’illustratrice Marine Bernard construit un univers vibrant et poétique, célébrant malicieusement la différence.

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Cinqmille : Qui es-tu et que fais-tu ?

Marine Bernard : Je m’appelle Marine, je suis illustratrice, formée à l’ESA Saint-Luc de Bruxelles. En plus de mes projets artistiques, j’ai travaillé pour plusieurs asbl, je me suis notamment occupée de leur communication visuelle et de leur graphisme. J’ai aussi fait des remplacements en tant qu’enseignante en arts plastiques.

CM : Décris-nous tes images.

MB : À première vue, elles sont assez douces, avec des teintes d’aquarelle ou de crayon de couleur. Je travaille au trait, de manière très spontanée, et toujours avec un trait fin, que ce soit à la plume ou au crayon gris. J’essaye aussi d’être dans le dynamisme et le mouvement. J’aime que mes dessins soient vivants, que plein de petites choses s’y passent.


Illustration : Marine Bernard
Illustration : Marine Bernard

CM : Comment naissent tes dessins ?

MB : Ils se construisent dans ma tête en même temps que sur le papier. J’aime me laisser surprendre par ce qui se passe et puis, d’un coup, voir quelque chose apparaître. C’est aussi ce plaisir-là qui donne de la vie aux dessins. Parfois, j’écoute un podcast sans y être très attentive, je me laisse porter : ça peut donner des idées, faire naître des images. À la fin, j’ai des pages et des pages de croquis : je trie et je construis à partir de ce qui m’intéresse le plus.

CM : As-tu des podcasts à nous recommander ?

MB : Je viens de découvrir Les couilles sur la table, c’est vraiment très bien. Sinon, j’écoute souvent Les chemins de la philosophie.

CM : Comment es-tu venue au dessin ?

MB : J’ai toujours dessiné. Mes parents aimaient beaucoup la bande dessinée. Mon grand-père aussi. Il était inscrit à l’académie alors, avec lui, je faisais des ateliers de dessin, de sculpture, des petits films. C’était très amusant. À l’adolescence, j’ai continué de dessiner. J’y prenais toujours autant de plaisir. Et ça aidait dans la communication aux autres. Encore maintenant, pour moi, le dessin est une autre manière de communiquer. Il permet aussi de réfléchir par rapport à soi.


Illustration : Marine Bernard

Illustration : Marine Bernard

CM : Que veux-tu communiquer avec tes images ?

MB : Je suis touchée par les personnages assez forts, qui surmontent le fait de ne pas toujours être dans la norme. Dans le documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay, une personne dit, face aux discriminations vécues en tant que femme noire : « Vous serez illuminés par ma joie. » Voir des personnes qui s’assument telles qu’elles sont, avec leurs différences, me réconforte. Ça me donne de la force aussi. J’ai envie de transmettre cette force dans mes images.

CM : Tes sujets de prédilection ?

MB : J’aborde avant tout le genre, les relations amoureuses et l’intimité.


Illustration : Marine Bernard

CM : Tes influences ?

MB : Graphiquement, j’aime beaucoup Cyril Pedrosa, ses ambiances colorées, sa délicatesse envers ses personnages. Sinon, Quentin Blake pour son côté spontané, vraiment joyeux, sa manière de travailler l’aquarelle avec des touches de couleur qui rendent le dessin très vivant. J’apprécie aussi le dynamisme de Mattotti, même si ça s’éloigne un peu de mon travail.

CM : Tes envies pour la suite ?

MB : J’aimerais avoir assez de temps pour dessiner et développer des histoires, notamment sous forme de bandes dessinées. C’est vraiment très important pour moi. J’espère pouvoir aller vers l’édition, à terme.

CM : Tu vas continuer d’enseigner ?

MB : J’aimerais beaucoup. Cette année, j’ai travaillé dans l’enseignement spécialisé, les élèves avaient plein de choses à raconter par le dessin. La plupart étaient très motivés. Même ceux qui, au départ, disaient ne pas savoir dessiner ont souvent fini par être fiers de leur travail. C’était génial d’arriver à cela. Là encore, l’échange humain autour du dessin me plaît beaucoup. Dessiner les autres, ça oblige à les regarder, à aller vers eux. Se réunir autour des créations de chacun, en discuter, ça peut créer des ponts.


Illustration : Marine Bernard

CM : En 2019, tu as participé aux 24h d’images à Namur. C’était comment ?

MB : Ça m’a fait énormément de bien ! Quand je dessine, je suis souvent seule. Là, c’était un vrai plaisir de rencontrer les autres participant·e·s, de voir leur travail, de dessiner ensemble. Et puis je l’ai fait sans pression, sans obligation de résultat, c’était très agréable.


Illustration : Marine Bernard

CM : Ton lieu préféré à Namur ?

MB : Je marche beaucoup le long de la Meuse, à partir de la Plante, vers Dinant. J’aime bien dessiner au parc de la Plante. Sinon, niveau culturel, il y a de chouettes rencontres et une bonne programmation au cinéma Caméo.

CM : Et en dehors du dessin ?

MB : Je fais un peu d’apiculture. J’ai un ami qui a des ruches. On va les voir ensemble, je suis ça toute l’année.

CM : Un potin ?

MB : Oui ! J’ai illustré la couverture de la revue jeunesse Philéas & Autobule, à paraître en décembre 2019.

Marine exposera une de ses illustrations dans le cadre de l’exposition collective « Illumine » à Ceci n’est pas une boutique (54 Rue de Fer) durant tout le mois de décembre.

Rendez-vous au vernissage ce mercredi 27 novembre dès 18h !

https://www.facebook.com/events/2519771641628323/

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