Le Verdur perdure

Chronique : Maxime Verbesselt / Photographies : Christophe Dehousse

Institution festive estivale namuroise par excellence, le Verdur Rock a connu il y a quelques années un épisode compliqué, avec deux éditions payantes dont le succès aurait pu être qualifié de mitigé, à condition que quelqu’un soulève une pancarte [EUPHEMISME] en arrière-plan.

La cuvée 2019 nous permet de ranger cette période dans le classeur « mauvais souvenirs  » avec le sourire satisfait des équipes qui ont pu transformer l’essai.

Cette seconde édition estampillée « plus jeune et plus gratuit, comme au bon vieux temps » a été marquée par un soleil de plomb, une programmation en équilibre entre découverte et nostalgie et les chemises à fleurs de Félicien Bogaert et Pierre Paulus. Petit compte-rendu approximatif.

« On a plus vingt ans »

Escalader la citadelle en pleine canicule se sera avéré plus long que nous l’avions envisagé… Nous n’avons pas pu profiter des courageux premiers artistes JeuneLux et Behind the Pines. Finalement, nous arrivons juste à temps pour flirter avec l’insolation et les premières notes de Camping Sauvach’ qui donnent ici le premier concert d’une petite tournée come back.

Malgré les conditions météorologiques difficiles -15h15 / 31° à l’ombre où les places sont chères même dans un festival gratuit – le groupe nous fait grâce d’une performance « best-of » tout à fait convaincante, de « Ma mère » jusqu’au « Sens de l’humour » en passant par « T’as d’beaux cieux. »

Le public finalement moins clairsemé que le cagnard et l’heure tôtive auraient pu le laisser pronostiquer. « On voit qu’on a plus vingt ans et qu’on s’approche dangereusement du double » halète Didier Galand entre deux gambades. Pour ceux qui n’ont jamais entendu Camping Sauvach’, imaginez Flogging Molly en un peu moins punk et en beaucoup plus namurois.

Réchauffement climatique et odeurs corporelles

Les horaires étant relativement serrés, on évite de perdre du temps entre deux prestations. Trottinant vers le Belvédère, on perçoit d’une oreille Félicien Bogaert établir un lien de causalité en réchauffement climatique et odeurs corporelles des festivaliers, avant d’entrer dans la petite salle où commence le concert de Bakari. Le rappeur partage la scène avec un autre MC et un DJ dont le volume sonore est étrangement sous-modulé.

Devant un public épars, les Liégeois servent leur flow bien calibré à l’ambiance urbaine nocturne qui tranche avec le soleil de 16h et le cadre bucolique du Théâtre de Verdure. Les voix et les textes témoignent d’une expérience assurée et les artistes ne se laissent pas démonter par la salle qui se vide, les Namurois étant visiblement plus réceptifs au rap électro de Glauque, les nouvelles coqueluches du coin. Pas grave : Bakari fera monter ses potes sur scène pour faire la fête et le signe du Yeah.

Crédit Photo : Christophe Dehousse

Glauque donc. Après un faux départ sur le dos des arpégiateurs qui, eux aussi, ont très chauds (ai-je déjà mentionné la fournaise ?) le groupe composé de deux rappeurs soutenus par un trio instrumental se partageant synthés, percussions et guitare balance une prose tendue qui nous fait un peu penser à celle de Bagarre (présents sur cette même scène trois ans auparavant). Tout ça servi sur une ligne musicale solide et difficilement étiquetable. On les savait talentueux, le groupe a encore pris pas mal de gallons niveau jeu de scène depuis ses débuts en 2018.

Après une humiliation sur l’un de nombreux jeux en bois mis à disposition du public dans le petit bosquet du Belvédère, on part se dandiner sur les chansons garage rock des sympathiques Jelly and Ice Cream. Le power trio dinantais se produit devant une salle bien garnie, sans doute les fans qui avaient été déçus de voir leur prestation avortée injustement après deux chansons durant les fêtes de Wallonie.

Crédit Photo : Christophe Dehousse
Crédit Photo : Christophe Dehousse
Crédit Photo : Christophe Dehousse
Crédit Photo : Christophe Dehousse

C’est ensuite Whispering Sons qui vient recouvrir la scène du théâtre de son post-punk crépusculaire. Preuve que le Verdur aime les talents venus du nord du pays, mais peut-être pas assez pour les mettre à une heure qui conviendrait mieux à leurs sonorités cold wave sombres.

« Ça sent la sueur et les Pixies »

Seno Nudo propose un garage rock teinté de noise – à moins que ce ne soit l’inverse. Ça sent la sueur et les Pixies. La parité du quatuor et les mélanges de voix féminines et masculines rafraichit le style sans lui ôter son côté rugueux et puissant.

La grande famille perpignanaise des Liminanas se rassemble autour de la batterie minimaliste de Marie : un tom, une caisse claire, une grosse caisse… et c’est tout. Il ne faudrait pas que des cymbales viennent couvrir les couches de guitare gentiment psyché du groupe, qui fête ses dix années de carrière.

Crédit Photo : Christophe Dehousse
Crédit Photo : Christophe Dehousse
Crédit Photo : Christophe Dehousse
Crédit Photo : Christophe Dehousse

Leur performance sonique est plus sage mais aussi plus audible que lors de leurs derniers concerts. Ils prennent également la liberté de ne pas se limiter à leur dernier album tubesque qui les a mis sous le feu des projecteurs et en couverture des Inrocks. On aura droit à quelques détours parmi leurs vieilles chansons et une reprise des Undertones. Devant la scène, on danse juste derrière les fans hardcore de Mass Hysteria, qui s’attachent déjà aux barrières.

Musique organique et guitares furieuses

Pour notre part, on va prêter une petite oreille distraite à Tanaë. La performance de la jeune liégeoise est plus organique, voire plus rock que ce qu’on aurait pu attendre. Ce n’est pas désagréable, d’autant qu’elle se montre pleine d’assurance dans un créneau plus doux entre deux machines à riffs infernaux. 

En parlant de guitares furieuses, on regarde du haut du théâtre les vétérans de Mass Hysteria déchainer une foule venue en masse. Même sans être sensible à leur neo-metal un peu daté, difficile de ne pas reconnaitre le talent de Mousse Kelai pour embraser son public avec bienveillance.

Et vas-y qu’on fait un circle pit, et vas-y qu’on envoie un Braveheart, enchaînant vieux hymnes et compos de leur dernier album. Chapeau. Notons d’ailleurs qu’ils gagnent le concours du plus grand nombre de T-shirts à leur effigie (17 suivant mon dernier décompte) devant Camping Sauvach’ et Metallica (qui, à leur décharge, n’étaient pas programmés pour cette édition du Verdur Rock.) 

La dimension la plus rock’n’roll de la soirée

Histoire de ne pas être piégé à l’extérieur, on se fraye un chemin vers l’avant du Belvédère un peu avant le début du concert des Black Mirrors. On connait le classic-rock lorgnant vers le stoner de la formation tubizienne et on est curieux de voir comment elle a évolué depuis l’été dernier. Dès les premières notes, on a la preuve que le groupe a l’étoffe des têtes d’affiche.

A défaut d’être originale, leur musique vintage est d’une efficacité imparable. Marcella et ses acolytes débordent d’énergie et se laissent la liberté qu’il faut pour emmener le public dans la dimension la plus rock’n’roll de la soirée. Le répertoire est ornementé d’un ou deux morceaux issus du successeur de leur premier album sorti l’an dernier qui laissent penser que le groupe n’est qu’au début de son ascension.

Happy End ?

On atterrit enfin en douceur avec Konoba et son pote R.O. Ils nous racontent l’histoire de leur voyage à travers leurs compositions électro-soft. Si quelques personnes semblent s’ennuyer des bavardages gentillets du bonhomme, il faut admettre que cela lui donne un certain capital sympathie et que cela humanise une performance très synthétique.

On aurait apprécié un peu plus de jeu live au-delà des quelques beaux moments où ils sortent la guitare électrique. Le show est porté par un bon jeu de lumières et s’achève façon happy end avec le crew du Verdur qui vient remercier le public pour le succès de cette nouvelle édition.

On leur accordera tous les applaudissements que l’équipe mérite en souhaitant que les prochaines années nous servent une programmation aussi qualitative. Les plus braves iront achever la fête avec Deepnoize dans le Belvédère. Pour notre part, ce sera au lit histoire de se reposer de cette opulence de décibels, de bières et de soleil.

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