Le Pavillon – De l’architecte globetrotter à Humans/Machines

Une interview de Vincent Vandenbranden avec en introduction, la complicité de Alexandre Martorana

En plein cœur de la Citadelle, l’ASBL KIKK présente l’exposition inédite « Humans / Machines » sur les relations entre l’humain et le monde numérique. L’occasion pour Cinqmille de visiter en avant-première Le Pavillon et de discuter avec son architecte, le namurois Patrick Genard.

Crédit photo: Vincent Vandenbranden

Une danse avec l’avenir 

« Incroyable » voilà le premier mot qui me vient à l’esprit quand on pousse la porte du Pavillon. Du 13 mars au 13 juin 2021, l’exposition invite les visiteurs à se questionner sur la place de la machine dans notre société. Accessible pour les grands comme pour les petits, ils peuvent s’émerveiller devant un robot qui écrit ou un autre qui dessine.

Le visiteur est transporté à travers des écrans et des machines. En sillonnant les allées, un espace est dédié aux intelligences artificielles et à leurs utilisations. De la reconnaissance faciale aux voix numériques, nous plongeons dans une autre dimension.

Et pour apprécier encore plus l’art du futur. Le spectateur aura notamment l’occasion de découvrir une danse envoûtante entre humain et machine.  Une union qui permet d’affirmer que la science et les technologies peuvent être un art. Un mélange entre deux univers. Un mariage de complexité et de beauté.

L’exposition Humans/Machines est ponctuée par des œuvres de renommée internationale. De Filipe Villas-Boas en passant par Ugo Dehaes, les grands noms sont au rendez-vous pour cette exposition inédite dans un cadre fabuleux.

Crédit photo: Vincent Vandenbranden

Un lieu d’exception

De Milan à Namur, Le Pavillon a posé ses valises sur l’esplanade de la Citadelle. Conçu par l’architecte namurois Patrick Genard, ce lieu est l’avenir de la Ville de Namur. Il est composé de trois parties : l’espace d’exposition, le Playground et le Lab. Écologique et durable, Le Pavillon est un espace d’échange et d’apprentissage destiné à toutes les générations.

Alexandre Martorana


Patrick Genard, l’architecte globetrotter

À la veille de l’ouverture du Pavillon, Patrick Genard son concepteur et architecte, nous livre ses impressions sur l’évolution de notre société et des défis écologiques, environnementaux et architecturaux à relever pour le futur.

UN PASSIONNÉ D’ARCHITECTURE

Patrick Genard, architecte de formation, est né à Namur et fêtera bientôt ses 67 ans. Il débute ses études à Namur et part ensuite étudier l’architecture à Louvain-la-Neuve. En dernière année, dans le cadre d’un Erasmus, il se rend chez un architecte espagnol qui l’avait beaucoup impressionné à l’époque du nom de Ricardo Bofill. Après 6 mois de stage, il revient en Belgique rendre son projet de fin d’études et une fois son diplôme en poche, se voit proposer par son maître de stage de l’accompagner en Algérie. Après une année passée, nous sommes en 1979, Patrick Genard revient ensuite à Barcelone et passera 15 ans à travailler avec son mentor. En 1994, il décide de fonder à Barcelone sa propre agence d’architecture et s’entoure alors d’une quinzaine d’architectes issus de différents pays et de plusieurs continents.

Crédit photo: Vincent Vandenbranden

« Ce qui nous relie, c’est une conviction et un goût pour l’architecture. Mais surtout un entrain et une envie de continuer à se renouveler en travaillant sur des projets très variés dans une multitude de pays aux contraintes architecturales spécifiques. Et lorsque vous avez appris à concevoir des bâtiments à travers le monde avec des règlements urbanistiques complètement différents, des manières de faire différentes, ainsi que des philosophies propres à chacun de ces pays, vous êtes beaucoup plus à même de pouvoir répondre à ces demandes et de relever des défis techniques grâce à votre expérience dans ces domaines ».

IL ÉTAIT UNE FOIS, LE PAVILLON BELGE….

Tout commence en 2012. Sous l’impulsion de son ami Benoît Gersdorff, Patrick Genard se voit proposer de participer à un concours afin de réaliser le pavillon belge pour l’exposition de Milan de 2015 ayant pour thème cette année-là : « Feeding the planet / Energy for life ». En 2014, en collaboration avec Besix-Vanhout THV et le bureau d’architecture de Patrick Genard, « Cenergie » se lance dans la conception et la construction de ce pavillon.

« Il fallait pour ce projet mouiller la chemise et mettre les petits plats dans les grands… soyons clair il fallait gagner par K.O. pour espérer gagner ce concours. Nous nous sommes donc retrouvés dans la poule finale avec quatre autres bureaux d’architectes et nous avons gagné, car nous étions énormément confiants sur le projet que nous proposions. Nous avions vraiment intégré les règles du jeu et compris qu’il fallait que ce pavillon soit un pavillon écologique ! Nous avions également conçu le contenu du bâtiment afin d’apporter une cohérence globale à ce projet en respectant la ligne de conduite de l’exposition. Nous y avons donc  développé à l’intérieur, des manières de cultiver plus urbaine et plus écologique. Comme l’aquaponie, l’hydroponie et la culture d’insectes. Et pour ce qui est de la construction du bâtiment, nous avons utilisé uniquement du bois, du verre et du métal. C’est à dire trois matériaux 100% recyclables, mais également sans recourir à un gramme de béton. Il était important pour nous, en plus des matériaux durables, que ce pavillon puisse aussi être démonté, comme un mécano. Car c’était la règle du jeu, puisque chaque pays devait rendre le terrain qui lui avait été prêté à la fin de l’exposition. Ce fut vraiment une belle expérience ».

Crédit photo: Vincent Vandenbranden

UN PAVILLON CONSTRUIT COMME UNE VILLE IDÉALE

Quelles furent vos inspirations pour imaginer la conception et la réalisation de ce pavillon ?

« Le pavillon en lui-même est une maquette réduite du modèle urbain idéal. La vision d’une ville idéale, une « lobe city ». C’est-à-dire, une ville qui de son centre, au lieu d’être construite en couronnes interminables comme l’est par exemple Madrid¹, est plutôt construite et pensée comme une fleur avec différents lobes, où entre ceux-ci, passent par exemple, les forêts, les prairies, les cours d’eau. Amsterdam, sans l’avoir voulu, fut un peu construite sur ce modèle. Vous avez à l’intérieur de son centre les entrées d’eau qui viennent séparer les quartiers. Ce qui, dans l’absolu, est le modèle urbanistique reconnu comme étant le plus écologique. Donc, nous avons imaginé, à l’échelle réduite, le modèle de cette ville idéale. Les « rochers » du pavillon symbolisant les différents quartiers et la coupole centrale symbolisant le centre-ville. Petit clin d’œil aux serres de Laeken, notamment.

(1) ce qui de fait va générer une augmentation de la température, allant parfois entre sept à huit degrés supplémentaires en plus que la périphérie et ce, précisément dû à cet enfermement

LES ENJEUX ÉCOLOGIQUES DU FUTUR

À une époque ou l’écologie devient une priorité face aux changements climatiques qui nous attendent, comment imaginez-vous l’évolution de notre société et de son urbanisation ?

« Actuellement en construction, le béton et le ciment restent des matériaux extrêmement polluants, non recyclables et qui sont de plus en plus à éviter, de par leur impact sur l’environnement. Le bois, lui, reste le seul matériau qui se régénère de lui même et qui reste une ressource inépuisable. Cependant, il faut arriver à mettre en place une gestion globale de celui-ci afin de pouvoir en disposer d’une manière raisonnable et écoresponsable. La déforestation de l’Amazonie étant forcément le modèle à ne pas suivre dans cette démarche de respect de la nature.

Il ne faut pas non plus négliger l’impact des nouvelles technologies. Les matériaux qui commencent à manquer sont les matériaux rares que l’on utilise beaucoup dans le « digital » et qui à terme poseront un problème pour le développement de celles-ci.

Le plastique reste également un matériau très polluant. Conscient du problème, certaines entreprises travaillent actuellement à pouvoir remplacer celui-ci par des matériaux naturels. 

Personnellement, j’ai peur qu’il ne soit un peu tard pour pouvoir changer les choses. Même si je crois qu’il y a une prise de conscience. Comme quoi, nous ne pouvons plus continuer à fonctionner et à vivre de cette manière.

Crédit photo: Vincent Vandenbranden

UNE ARCHITECTURE MODERNE RESPECTUEUSE DU PASSE.

Que pourriez-vous dire face aux détracteurs qui s’insurgent de la construction de bâtiments « modernes » depuis plusieurs années à Namur et qui selon eux défigurent cette ville ?

« Je suis totalement sensible à la notion de défense d’un patrimoine historique, cela ne veut pas dire pour autant que je sois contre la construction de bâtiments modernes, mais il faut pour cela, et c’est essentiel que ceux-ci puissent s’inscrire dans le paysage architectural avec respect. Si vous m’aviez dit, par exemple, que les gens seraient  choqués à la vue de ce pavillon construit devant la Cathédrale Saint Aubain ou sur la Place d’Armes, là, je vous aurais donné raison. Par contre, implanter ce pavillon sur l’Esplanade de la Citadelle, cela à tout son sens.

En effet, se retrouver en vis-à-vis d’un bâtiment tel que le Théâtre du Verdure (qui connaitra une rénovation en 2022) et qui sont séparés par plus d’un siècle d’histoire, je pense que cette dualité est complémentaire. C’est à dire, que non seulement ils ne se font pas de l’ombre, mais ils sont l’un et l’autre l’émanation de deux époques et portent chacun un regard différent sur l’évolution de l’architecture namuroise à travers le temps. Entre ces deux bâtiments, il y a un dialogue qui s’établit, c’est indéniable. Je crois d’ailleurs que c’est le meilleur endroit où celui-ci pouvait être construit. Maintenant, il est d’autant plus mis en valeur que lors de l’exposition de Milan. Cela permet de dynamiser et de valoriser l’ensemble de la Citadelle, de mettre la ville de Namur en lumière avec, à terme, le retour du téléphérique qui fera de cet endroit magnifique la fierté des namurois.

Je félicite d’ailleurs par la même occasion la vision du Bourgmestre, Maxime Prévost, qui a eu cette idée brillante d’installer ce pavillon à Namur. Je ne cache pas mon plaisir de voir ce bâtiment que nous avons construit à plus de deux mille kilomètres d’ici, trouver sa place dans un autre endroit et qui plus est dans ma ville natale. C’est une sensation très spéciale, une belle aventure et un vrai Happy End ! »

Vincent Vandenbranden