Laake : Interview

Interview de Rebecca Deville et Charles Christiaens // Photos : Charlie Moreau

Rencontre dans le cadre des Beautés Soniques (22-27 octobre 2019)

Cinqmille : Laake, d’où vient ce nom ?

LAAKE : J’avais choisi ce nom pour le côté lac en anglais. Il y avait ce double A qui me plaisait, sorte de jeu typographique. Je me suis rendu compte que LAAKE, ça voulait aussi dire « médicament » en finlandais et l’idée de remède par la musique m’a immédiatement parlé. Il y a aussi beaucoup d’éléments propres à l’eau dans mes chansons, des samples un peu partout. J’aime le côté serein et agressif de la mer, les deux cohabitent dans ma musique.

Crédit Photo : Charlie Moreau

CM : D’où vient cette idée de mélanger deux styles à l’apparence aussi antinomique que la musique classique et des beats technos, presque industriels ?

L : C’est venu assez naturellement. Je viens du rock à la base, j’ai fait de la guitare dans des groupes et j’ai toujours aimé les morceaux assez agressifs, entrainant, un peu bourrins. Et moi mon idée de base avec LAAKE, c’était de jouer du piano d’une façon assez « rentre dedans ». Et c’est venu assez naturellement. C’est tombé sur une période où j’écoutais beaucoup de musique électro.

Crédit Photo : Jean-Yves Rousseaux

CM : C’est donc une démarche consciente et assumée de sortir du cadre des musiques traditionnelles. As-tu ressenti le besoin de produire quelque chose de différent ?

L : Je ne l’ai pas conçu comme ça. C’est-à-dire que je ne me pose pas la question de savoir si je veux faire un truc comme ci ou comme ça. C’est assez instinctif en fait. A chaque fois que je compose, ça commence par de l’improvisation et je n’ai aucune idée de ce que donnera le morceau final. Je ne te dirai pas que c’est ultra calculé parce que ce serait vraiment faux. Il y a toujours une base électronique très forte, c’est un peu l’essence de ma musique.

Crédit Photo : Charlie Moreau

CM : Chopin ou Laurent Garnier ?

L : Alors je vais répondre Laurent Garnier parce que j’ai été amené à le rencontrer. C’était dans un festival où je jouais cet été et il nous a proposé de faire une résidence de 10 jours. Après notre concert de fin de résidence, Laurent a mixé, et ça m’a mis une sacrée claque. Je ne me revendique pas d’héritage classique, c’est-à-dire que j’ai écouté un peu de musique classique quand j’étais adolescent quand ça me parlait mais je ne suis pas un féru de musique classique. Je ne suis pas les codes de la musique classique, c’est plutôt le contraire en fait, je n’ai jamais appris la musique, je n’ai pas fait le conservatoire, je ne sais pas lire une partition. L’héritage classique existe dans ma musique parce que ce que dès que tu fais une mélodie un peu triste au piano, ça ressemble à de la musique classique.

CM : Une anecdote de concert à nous raconter ? Un moment qui t’a marqué ?

L : Un des mes pires concerts, c’était en Bretagne, il y avait 3 personnes, c’était en pleine après-midi et il n’y avait que des vieux un peu outrés par la musique. Il y a un mec qui est passé, perruche sur l’épaule, canne à la main et des canards qui suivaient. Et le must, avant la fin du concert, c’est une petite mamie qui agite un papier devant moi et qui fait : « Monsieur ? Monsieur ? » alors je me dis : « c’est quoi ce truc » ? Je finis mon morceau et je me rends compte que quelqu’un s’est garé devant sa voiture et qu’elle ne pouvait pas sortir. Donc entre deux morceaux, y a un mec qui est monté sur scène pour prendre le micro : « la Clio immatriculée XXX est priée de se garer ailleurs ».

Crédit Photo : Charlie Moreau

CM : Tu es autodidacte, comment as-tu fait pour te professionnaliser dans la musique ? C’est un obstacle qui décourage beaucoup de musiciens, comment l’as-tu surmonté ?

L : Ce qui m’a permis de sauter cet obstacle, c’est le métier que j’ai gardé à côté : graphiste en freelance. J’ai toujours voulu faire de la musique, mais je savais aussi que je ne pouvais pas me lancer directement à 100% parce que ça aurait été difficile d’un point de vue financier. J’ai travaillé pendant 10 ans et l’argent que je gagnais, je l’investissais dans des clips, du matériel… J’ai construit le truc en sous-marin pendant des années et ça fait qu’un an et demi que j’ai complètement lâché mon travail et que je ne fais plus que de la musique.

CM : On peut comprendre sur tes réseaux sociaux que tu travailles sur un nouvel album, quelle est la démarche artistique que tu as adoptée pour sa création ? La plus-value par rapport à ton dernier EP[ ?

L : C’est assez différent mais tout en gardant la même base d’électro/piano. C’est un album orchestral avec des cordes et des cuivres. L’idée c’est de rajouter une dimension quasi épique à ma musique. On sera 9 sur scène. Pour le moment je suis encore en phase d’enregistrement, il reste 3 jours avec les cuivres à faire. J’ai voulu apporter quelque chose de plus ample, plus massif, avec des instruments classiques tout en gardant l’identité du projet.

CM : Un petit moment promo, tu as déjà la date de sortie de l’album ?

L : Ça sortira en mars 2020, je ne connais pas encore la date exacte. Un premier extrait sortira fin 2019 avec un clip déjà tourné.

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