Jimmy Michaux : une fresque sur le mythe d’Icare

Interview de Tiffany Vitali // Photos de Tiffany Vitali

En mai 2020, la ville avait lancé un appel aux citoyen·nes afin de choisir une des deux illustrations de Jimmy Michaux. Le public avait retenu Icarus, une métaphore sur la crise climatique, en référence au mythe d’Icare. 

Réaliser une fresque murale en 3 jours, c’était le pari osé de Jimmy Michaux, alias jim.mi. Du 26 au 28 avril compris, il a travaillé de 9h à 19h sur son œuvre qui embellit une des façades du boulevard du Nord. Cet artiste namurois de 29 ans a le vertige, mais a mis sa peur du vide de côté pour exercer son art. Il nous a raconté à la fois son parcours et nous a fait part de sa démarche artistique.

Tiffany Vitali

Cinqmille : Parle-nous un peu de toi

JM : Lorsque j’étais plus jeune, j’allais à l’IATA et je me suis intéressé au mouvement hip-hop. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à faire du graffiti. Je réalisais plutôt du lettrage, comme on peut retrouver sur les trains ou dans les gares des métros. D’ailleurs, j’ai eu une période où j’allais sur les voies ferrées et je faisais du graff pur. 

Amélien Ledouppe – Jimmy au Pshitt festival

Ensuite, vers 20 ans, je me suis dirigé vers la peinture sur toile. C’est une forme d’art qui me correspond, comme j’aime beaucoup réaliser des personnages et des portraits. Souvent, je m’inspire de personnes que je vois sur Instagram. Ce qui m’intéresse, c’est l’humain en général. Lorsque je sélectionne une photo à dessiner, je fais aussi attention à l’ambiance ou encore la lumière. J’apprécie aussi ce champ de liberté qu’offre la peinture sur toile. Par exemple, avec une fresque murale, on doit s’adapter au public, car tous les passants vont la voir, ce qui n’est pas le cas avec une toile. Je préfère réaliser des toiles, mais j’ai adoré réaliser Icarus.

Maintenant, j’organise des ateliers de Street art, aux abattoirs de Bomel. J’aimerais aussi donner des cours de peinture. Si l’on désire devenir professeur aux Beaux-Arts, il faut avoir une certaine expérience, 5 ans en tant qu’artiste aux galeries. Or, je peins depuis plus de 10 ans sur toile, mais je n’ai jamais fait de galerie, car j’ai toujours considéré la peinture comme une passion avant tout. L’avantage, c’est que cette fresque va me donner une certaine notoriété, et j’espère un appui pour devenir professeur plus tard. Concernant Icarus, c’était la première fois que je faisais une fresque d’une telle ampleur.

Sébastien Roberty

Cq : Qu’as-tu utilisé comme matériel pour réaliser Icarus ?

JM : Le lundi matin avant de commencer la fresque, j’ai traité le mur et j’ai passé un fixateur afin de permettre à la couleur de mieux glisser. Ensuite, j’ai tracé un quadrillage pour me repérer et j’ai commencé par dessiner le personnage. Pour la fresque, j’ai utilisé à la fois des bombes et des pots de peinture. Par exemple, le pigeon a été réalisé en grande partie à la bombe tandis que les autres éléments ont été majoritairement peints.

Cq : Comment t’est venue l’idée de ce dessin ?

JM : J’ai voulu faire une illustration qui parle à beaucoup de gens et qui avait un sens. C’est une fresque réalisée pour la ville donc il ne faut pas commencer à faire des dessins trop « trash ». J’avais envie que cette fresque raconte une histoire et je trouve que c’est intéressant d’amener un mythe derrière ça. En plus, elle fait écho aux problèmes écologiques que l’on a maintenant et je trouvais que la métaphore était belle. C’est un mélange entre recherche psychologique et esthétique ! 

Une fois que l’on a l’idée, il faut imaginer le résultat final et faire le choix des couleurs. Comme c’est une métaphore avec le réchauffement climatique, je préférais prendre des couleurs chaudes, majoritairement rouges et oranges, pour appuyer cette problématique. J’avais fait le croquis en brun et gris, ça donnait bien aussi. Néanmoins, je trouvais que cela faisait moins écho à cette problématique.

Cq : Pourquoi ce thème du réchauffement climatique ? Est-ce un problème de société qui te touche particulièrement ?

JM : Je pense que c’est une peur de notre génération. Le réchauffement climatique est aussi un problème majeur pour le moment. C’est pour cette raison que je voulais faire un dessin un peu politique, sans l’être en même temps. En effet, on peut passer devant la fresque, l’apprécier et ne pas forcément la comprendre. Les passants vont peut-être se questionner, se demander ce qu’est Icare et faire une recherche sur Internet.

Tiffany Vitali

Cq : Comment as-tu fait cette fresque en ayant le vertige ?

JM : Il faut vaincre ses peurs. Une peur, ce n’est jamais que quelque chose qu’il faut dépasser. Quand je vois le résultat, je me dis que ça en vaut la peine ! J’ai aussi pris une grosse nacelle bien stable, et mon père, Emmanuel, m’a aussi aidé dans la réalisation de Icarus.

Cq : Et enfin, si tu devais donner 3 mots qui décrivent ton art, lesquels choisirais-tu ?

JM : C’est une bonne question ! En premier, je dirai que mon art est vrai. Ensuite, je trouve que « profond » correspond bien parce que je n’ai pas envie de faire des créations sans intérêt. J’essaie toujours de raconter une histoire. Enfin pour terminer « interpellant ». J’aime bien que les gens se questionnent lorsqu’ils sont face à mes œuvres.

Icarus est à retrouver dans l’application Street Art Cities qui regroupe les œuvres d’art urbain d’artistes, dans plus de 90 pays.

Mélody Sluyers et Amélien Ledouppe

Retrouvez toutes les œuvres et réalisations de Jimmy Michaux sur :

Le compte Instagram : @jimmy_michaux