Interview – Florence Mendez : Elle décape et ça fait du bien !

Plus besoin de décrire le personnage, Florence Mendez a déjà bien fait porter sa voix. Entre chroniques sur Pure fm et ses passages sur scène, la jeune bruxelloise a fait parler d’elle. Avec un humour tantôt criant et explosif, tantôt piquant et en finesse, c’est sous les rires qu’elle a conquis son public. On oublie ceux qui ne se sentent pas à l’aise de surfer sur sa vague, parce que nous, on en redemande et même, on est prêt à y boire la tasse ! Si il y a de l’humour à ne pas cautionner, sachons au moins savourer celui qui émane d’un grand cœur.

Crédit Photo : Sébastien Roberty

Cinqmille : Quelle est la vanne que même toi tu n’oses pas faire ?

Florence Mendez : Avant, je faisais une vanne sur le métier de prof. Les gens disaient que c’était le plus beau métier du monde et je répondais “sauf si tu es membre du Sonderkommando”.  Je ne peux plus la faire, non pas que je n’ose plus, c’est plus une question de ne plus faire de blague “choquer pour choquer” ! C’est gratuit.

* Les Sonderkommando étaient des unités de travail dans les camps d’extermination, composées de prisonniers, juifs dans leur très grande majorité, forcés à participer au processus de la solution finale.

CQ : Du coup, dans le milieu de l’humour, elle se situe où la limite de la liberté d’expression ?

FM : Je crois que j’en ai encore deux, trois. Je pense que l’on a tous une limite qui est différente. Moi, la mienne, c’est d’essayer de ne pas être gratuite et oppressive. Même si ça peut m’arriver parfois en spectacle. Mais en tout cas, j’ai un idéal vers lequel j’essaye de tendre : c’est d’être ni gratuite, ni oppressante. Et même si de temps à autre, on cède aussi à cette envie-là et à l’humour noir. Je ne le fais qu’un fois que le courant est bien établi.

CQ : Une question un peu plus légère, j’aimerais que tu dises trois choses gentilles à propos de Fanny Ruwet ? (rire)

FM : Alors Fanny Ruwet, elle est brillante, elle est attentionnée…

CQ : Genre, demander à des spectateurs de venir te faire des “Fuck” lors d’un de tes spectacles ! Ça, c’est hyper attentionné ! (rire)

FM : Elle détesterait que je dise ça, mais lorsque j’ai eu mon trouble panique, Fanny m’a accueillie chez elle et elle s’est occupée de moi. Elle m’a fait à manger. Bon c’était dégueulasse mais… Elle s’est vraiment occupée de moi. Elle est très attentionnée et extrêmement intelligente.

CQ : Quelle est la question que tu aimerais que l’on te pose en interview, que l’on ne t’a jamais posée ? Celle qui te tient à cœur.

FM : Ah, c’est intéressant comme question ! “Comment vous aimeriez que les gens réagissent quand on vous insulte sur les réseaux sociaux ?”

Crédit Photo : Sébastien Roberty

CQ : Du coup je te la pose, comment toi, tu réagis quand on t’insulte sur les réseaux sociaux ?

FM : Alors parfois, je me sens un peu seule dans ce monde-là parce que moi je réagis systématiquement. Pourquoi ? Parce que je trouve que l’attitude de l’indifférence, répondre par l’indifférence, laisse une impunité s’installer. Tu as le droit de dire vulgairement à une fille “j’ai envie de te *%$#” ou d’insulter quelqu’un qui se produit sur scène… Et je trouve que prôner l’indifférence, c’est dire aux gens “ok, vous avez le champ libre pour dire des choses horribles” et du coup, je pense qu’il faut aussi systématiquement réagir. D’une manière ou d’une autre. Que ce soit par l’humour, de manière agressive, par rappel à la loi…  Cela doit être un geste citoyen de ne pas laisser dire de la merde sur les réseaux sociaux et particulièrement chez les gens qui ne sont pas des privilégiés. Les racisés, les femmes…

CM : Tu trouves que l’humour c’est un milieu qui est particulièrement masculin ? Dans lequel, l’inégalité des sexes se fait encore beaucoup trop sentir ?

FM : Bien sûr, vous êtes moins drôles en tant que femmes qu’en tant qu’hommes ! C’est beaucoup plus difficile de faire rire lorsque vous êtes une femme que quand vous êtes un homme parce vous ne correspondez pas à l’image que la société attend de vous !

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CM : Tu penses qu’une femme dans l’inconscient collectif, ne doit pas faire rire ?

L’humour c’est pareil. Les femmes qui font de l’humour c’est un choix courageux parce qu’on sort d’un cadre qui a été prédéfini pour nous et les gens n’aiment pas voir ça.

FM : Oui, on est là pour séduire. C’est incroyable. Je ne vais pas comparer les animaux et les humains mais on a des choses qui sont installées depuis des siècles et des siècles et au même titre que mon chien lorsqu’il voit des moutons, il court vers eux pour les rassembler. Nous, les femmes, on a des siècles et des siècles d’oppression sur la gueule qui font que nos comportements sont modifiés. Maintenant, c’est la responsabilité de tout le monde, et des femmes et des hommes, de nous permettre d’évoluer. L’humour c’est pareil. Les femmes qui font de l’humour c’est un choix courageux parce qu’on sort d’un cadre qui a été prédéfini pour nous et les gens n’aiment pas voir ça. On n’est pas faites pour se montrer, on est toujours dans cet espèce de mythe de la femme judéo-chrétienne. D’ailleurs, c’est pour cela qu’il y a des réactions tellement agressives vis-à-vis des femmes. Qu’il n’y a pas vis-à-vis des mecs.

CM : C’est un peu pour ça que tu as eu la volonté de monter sur scène ?

L’humour c’est pareil. Les femmes qui font de l’humour c’est un choix courageux parce qu’on sort d’un cadre qui a été prédéfini pour nous et les gens n’aiment pas voir ça.

FM : Il y avait un désir d’expression artistique qui était là, qui était fort présent. Et je sentais bien qu’il y avait quelque chose en moi qui avait besoin de sortir. Et je ne trouvais pas. L’écriture était beaucoup là. Je me sentais tellement inutile, tellement fâchée par rapport à tellement de choses dans la société. Ça ne me suffisait pas de râler sur les réseaux. J’adore ce que je suis devenue artistiquement. Même si ce n’est pas toujours facile, je peux m’en prendre plein la gueule,…

Crédit Photo : Sébastien Roberty

CM : Comme tu le dis dans ton spectacle et la plupart des humoristes le disent, il y a toujours de la merde qui te tombe sur la gueule quand tu fais un métier où tu te montres. Tu l’as systématiquement. Mais la plupart disent aussi que s’il y a cette merde, il y a quand même beaucoup de choses positives qui en ressort ! Est-ce que tu as plus de positif par rapport aux réactions des gens ?

FM : Énormément ! Sur une centaine de messages, j’en ai dix d’insultes et nonante qui sont hyper positifs. Après, le problème c’est que la merde que l’on reçoit est extrêmement violente et donc “c’est l’arbre qui tombe et la forêt qui pousse”. C’est très difficile d’ignorer des menaces de viol, des menaces de mort, des “on va te balancer un seau d’acide à la gueule”… On m’a déjà dit “regarde bien derrière toi dans les parkings de la RTBF”…

CM : Ah oui ! Violent !! En face à face, est-ce qu’il y a vraiment des gens qui ont trouvé que tes spectacles étaient pourris ? Comme un blaireau à Charleroi ?

FM : Oui c’était à l’Eden. Il y a un type qui m’a vu et qui m’a dit “Vous êtes Florence Mendez ?” J’ai répondu : « Oui ! »  Et il m’a rétorqué : “Je n’aime pas du tout ce que vous faites !” Et ça m’a fait beaucoup rire. Mais sinon, en face, non ! Il n’y a jamais personne qui ose.

Même sur internet, je suis super ouverte à la critique constructive. Je suis complétement d’accord que l’on n’aime pas ce que je fais. J’ai aucun problème avec la réflexion. Les gens ont le droit de ne pas aimer ce que je fais et le fait d’avoir un avis négatif. Ce avec quoi je ne suis pas d’accord, c’est la violence verbale et que l’on remette mon genre, la femme, au milieu du problème pour parler de ce que je fais. (Insulte) Systématiquement en tant que femme, on nous ramène au fait que je dois être un objet de désir. Comme je dis dans mon spectacle, les mecs tu les confrontes en vrai, ça devient des lapins nains.