Gaëlle George est une photographe namuroise travaillant tantôt en numérique, tantôt en argentique, la majorité de ses photos sont en noir et blanc.

 Interview : Camille Pourignaux et Adrien Burton
Photographies : Gaëlle George et Michel Clair

Cinqmille: Comment te présenterais-tu en 17 secondes ?
Gaëlle George: Je m’appelle Gaëlle, je viens d’avoir trente ans, ma passion c’est la photo, et j’aimerais en vivre !
CM : Jour ou nuit ?

G.G.: Nuit. Je trouve qu’il y a quelque chose de beau et de magique qui se passe dans la nuit, notamment les rêves…


© Gaëlle George
Le labo photo, un autre monde…
CM: Numérique ou argentique ?

G.G.: Numérique. Mais c’est surtout par manque de moyens, si je pouvais je ne ferais que de l’argentique. C’est intemporel, alors que le numérique passe très vite. On poste sur les réseaux sociaux et puis c’est comme si on les jetait.

CM : On entend souvent parler de cette “magie” de la photo argentique, tu nous expliques ?

G.G.: Quand tu rentres dans un labo, il y fait noir, tu arrives dans un autre monde. Et puis il y a le côté intemporel, tu ne vois pas passer le temps. Ce qui est ironique parce qu’on utilise des minuteurs quand on tire les images. La magie c’est aussi de voir ta photo se révéler quand tu mets le papier dans les chimies.


© Gaëlle George

CM : Aspëkt ou Déclencheurs ?

G.G.: Aspëkt. Là aussi il y a quelque chose de magique. On a récemment fait une improvisation photographique au Théâtre Jardin Passion. Certains sont arrivés avec des images encadrées, à peine sorties du labo, il y avait du numérique, de l’argentique, des grands et des (très) petits formats, il y avait même de la sérigraphie ! Aspëkt c’est une plateforme d’arts visuels, le but est justement de mélanger les disciplines, ça fait un beau nuage.

CM : Namur ou Bruxelles ?

G.G.: Bruxelles pour la multi culturalité, pouvoir aller boire un verre à 2h du mat’, avoir toujours un paki ouvert. Je suis venue à Namur pour fuir les touristes, le bruit, la foule de Bruxelles. Namur est un bon mix entre la ville et le village. Puis quand tu y habites tu comprends que c’est juste un village qui essaye de se faire passer pour une ville. (Rires)

CM : Van Gogh ou Kurt Cobain ?

G.G.: Kurt Cobain.

CM : Avec cette question, nous voulions aborder le côté sombre, endommagé, fragile de ton travail.

G.G.: Je crois que mon travail parle pour moi. La photo me permet d’exprimer mes blessures, de les panser, d’avoir une raison de me lever le matin et de finalement vaincre l’adversité.

CM : Machine à voyager dans le temps ou téléportation ?

G.G.: Ça ne sert à rien de revenir dans le passé donc vive la téléportation !

« C’est surtout la lumière que je photographie, une façon de figer le temps »
CM : Le contexte de tes photos est souvent flou. Elles pourraient être prises un peu n’importe où, à n’importe quelle époque. C’est une démarche volontaire ?

G.G.: C’est intéressant, je n’avais jamais vu ça comme ça ! Au hasard d’une rencontre j’ai commencé à faire du nu où il y avait justement cette représentation de la fragilité. L’urbex me parait idéal pour mettre cette fragilité en valeur : des endroits abîmés, délabrés, qui n’appartiennent plus à personne.

Dans mon livre Anarchitectures, c’est surtout la lumière que je photographie, une façon de figer le temps.

© Gaëlle George
CM : Pour revenir à tes photographies de nu, la majorité de tes sujets sont féminins, c’est voulu ?

G.G.: J’aurais bien envie de photographier des hommes, mais ils sont moins accessibles, plus complexés, plus pudiques. J’ai été éduquée principalement par mon père et mes grands frères, donc je connais bien le masculin. J’ai longtemps rejeté ma féminité, c’était synonyme de fragilité, de sensibilité. Je me suis ensuite rendu compte que c’était une grande force. 

Je me dirigerais plutôt vers des danseurs, avec leur grâce et leur part féminine assumée. Par exemple, j’ai photographié David Ameye, un photographe namurois, et j’ai adoré car il s’est donné à 100% !


© Gaëlle George
CM : Des projets pour la suite ?

G.G. : J’aimerais photographier les personnes qui étaient placées dans l’institution où j’ai vécu un temps, les enfants qui y vivaient quand moi j’y étais… 

La plupart des gens ne savent pas ce qu’est une “maison d’enfants”. Il faut en parler, expliquer que ce n’est pas toujours dramatique. Les vacances ensemble, tous ces copains… Je ne serais pas ici à vous parler sans cette partie de ma vie. Il y a évidemment des choses douloureuses mais ça a été une expérience de vie qui m’a énormément enrichie. J’ai commencé les prises de vue en 2014 et ça devrait prendre encore un bon bout de temps. Au début, je n’envisageais pas qu’un travail puisse durer aussi longtemps mais en retournant à l’institution, j’ai compris ce qui m’attendait. Les démarches pour avoir les accords des parents, des juges, de la Fédération Wallonie Bruxelles, etc. Le directeur de l’institution me connaît et est à 100% avec moi, c’est un bon début !

Le travail de Gaëlle est à découvrir sur son portfolio en ligne ou les réseaux sociaux :

www.gaellegeorge.com

Facebook : Gaëlle George

Instagram : gaellegeorge

© Michel Clair

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