COUP DE COEUR#LOCKDOWN : Chocs et Ennui a encore frappé ! Précommander leur « Rocky Horror Picture zine » pour lutter contre l’ennui du confinement…

Interview par Rebecca Deville

En ces temps de confinement, aucun plaisir n’est à bannir ! Et chez Cinqmille, nous avons eu vent qu’une petite pépite remplie de paillettes, bas résille et surmaquillée était dans les cartons.

Le collectif Chocs et Ennui a lancé les précommandes de son zine « Rock Horror Picture Zine », inspiré, vous l’aurez compris lecteur-trice perspicace, du film « Rock Horror Picture Show ».

On vous invite donc à lire l’échange que nous avons pu avoir avec eux afin de découvrir qui se cache derrière Chocs et Ennui, d’où est venue cette idée de zine, qui y a participé et d’autres choses encore !
Et rendez-vous en fin de l’article pour savoir comment pré-commander ce zine qui fera frétiller vos pupilles comme un déhanché du Dr Frank-N-Furter !

CinqMille : Pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous ? Depuis quand chocs et ennui existe ?

Chocs et ennui : Salut ! Chocs est Ennui est un collectif de sérigraphie et micro-édition, basé à Saint-Servais. Avant que le collectif existe, on faisait déjà de la sérigraphie en imprimant les pochettes de disques du label punk rock monté avec un copain (Never Trust An Asshole) et en 2016 on a créé Chocs et Ennui pour séparer le label des autres trucs qui sortaient de notre atelier. On édite donc des fanzines (magazines amateur) d’illustration, BD, poésie, ce qui nous fait envie sur le moment quoi. On organise aussi parfois des ateliers dans notre garage ou ailleurs, pour que les gens se familiarisent avec des techniques d’impression artisanale comme la sérigraphie ou la gravure, parfois on organise des concerts même si on tâche de surtout se concentrer sur l’image imprimée. On est principalement deux, Harmony et Jérôme, mais on fait souvent des trucs en collectif ou avec des ami-e-s (Mathieu Van Assche, Esquiroulet, Béatrice Myself…)

CM : Pourquoi avez-vous choisi la thématique du Rocky Horror Picture Show pour ce numéro ?

C&E : Les fanzines collectifs, c’est souvent l’occasion de se retrouver autour d’un sujet marrant et de fêter ça ensemble avec de la musique dans une ambiance mi-rigolote, mi-craignos. Par exemple, on avait sorti un fanzine d’illustrations de tatouages Johnny Hallyday (sujet assez pointu, n’est-ce pas). On avait fêté ça à Bruxelles en organisant une soirée karaoké avec des masques et des guitares en carton, un tatoueur et une tatoueuses prêt-e-s à faire chauffer leur dermographe au fond de la salle, c’était bien débilos. Et comme on est super fan du film Rocky Horror Picture Show, que les personnages sont tous iconiques et que ça se prête bien à un karaoké en bas résilles et slip à paillettes, c’était l’occasion de refaire un zine collectif. Ça fait un moment qu’on y pensait, on a lancé l’appel à contributions fin novembre 2019, après un séjour à Paris où on a assisté à une projection du film avec une troupe de théâtre qui rejouait TOUTES les scènes dans la salle, c’était d’un mauvais goût complètement assumé, chouette expérience. La rue du cinéma donnait sur Notre-Dame, en sortant il faisait nuit, on a bu de la mauvaise bière en cannette en face des ruines de la cathédrale, des rats couraient sur les quais de la Seine, on s’est dit que c’était le bon moment de lancer ce projet.

Illustration : Big Frame

CM : Vous diriez que c’est un zine à regarder avant ou après avoir vu Rocky Horror Picture Show ?

C&E : Il y a de fortes chances que les gens qui n’ont jamais vu ce film n’ouvrent jamais ce fanzine, mais si jamais cela arrive, on espère que cela les intriguera suffisamment pour voir le film, qui est quand même culte (et puis bon, vous en connaissez beaucoup vous des comédies musicales sorties dans les années 70 qui mêlent science-fiction, fantastique et transsexualité?). Les personnes ayant déjà vu le film devraient prendre du plaisir en feuilletant le zine (« s’abandonner au plaisir absolu », devrait-on dire), vu qu’il fait le tour de pas mal de scènes ou personnages, avec des styles et des interprétations très différentes (illustrations, BD, collage, gravure et même broderie !).

Illustration : Jean Bon

CM : Pouvez-vous nous en dire plus sur les artistes ayant participé à ce zine ? D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui a pu les emballer dans cette thématique ?

C&E : 23 artistes de Belgique et de France ont participé. On est super content-e-s, parce qu’on retrouve des habitué-e-s de nos précédents projets collectifs, mais aussi des nouvelles têtes et plusieurs artistes de la région namuroise. C’est motivant et rassurant de voir participer des nouvelles personnes, de ne pas s’enfermer dans des clivages et un entre-soi un peu navrant. Ce qui a pu les emballer, bonne question… La plupart vouent un gros culte à ce film, d’autres étaient emballé-e-s par la participation à un projet collectif d’édition.

Illustration : Eric Falier

CM : Quelles sont les techniques d’impression de ce zine ? Vous imprimez tout vous-même ?

C&E : Les illustrations originales ont été créées avec différentes techniques en fonction des artistes : dessin au crayon, encre de chine, collage, broderie, linogravure… On va imprimer à la main les couvertures en sérigraphie dans notre cave (rassurez-vous il y aura de l’encre à paillettes), et l’intérieur sera imprimé en numérique noir et blanc (chez Impact System à Namur, big up Cindy et tout l’équipe). Le tout sera relié à la main. De cette manière, on garde le côté artisanal et chaleureux, tout en proposant un prix abordable.

CM : Namur permet-elle aux créateurs de zine de se développer (comme avec les ateliers du Toner à Bruxelles qui permettent d’avoir accès à plusieurs machines d’impressions et de rencontrer d’autres artistes) ?

C&E : Cela ne fait pas très longtemps que nous vivons à Namur, donc c’est difficile de répondre à cette question. Il y a deux ans, il y a eu un super festival de fanzine, « l’Appel du Merle », c’était cool. De notre côté, on organise régulièrement des « Stoemezine », petits événements ou n’importe qui ayant fait un zine peut venir le présenter et l’échanger. C’est souvent en petit comité, mais à chaque fois des gens créent un zine pour l’occasion, donc une chouette dynamique s’installe ! Si vous n’avez pas accès à des techniques ou à des machines spécifiques, il faut quand même garder en tête que lorsqu’on veut partager, exprimer des choses et les diffuser facilement, la photocopieuse de la boutique en bas de sa rue permet de faire des miracles !

CM : Peut-on dire que le public namurois est réceptif à ce genre de publication artistique ?

C&E : Malgré la faible visibilité de l’univers du fanzine ici, on tombe toujours sur des gens intéressés lorsqu’on tient un stand quelque part, donc le public namurois y est sensible, réceptif, curieux, et y voit là un chouette moyen d’expression. Namurois, Namuroises, faites des zines !

CM : Avez-vous des artistes namurois sur lesquels nos lecteurs et lectrices doivent garder un oeil ?

C&E : Ce que fait Trama en sérigraphie est super et ses lettrages en graffiti défoncent ! Côté photo, Aspëkt fait des super trucs (dont des fanzines hé hé) et le fait de les réutiliser en collage dans la rue est chouette et intéressant. Le travail d’illu de Marine Bernard est superbe, avec en trame de fond le questionnement des stéréotypes de genre. Côté fanzine le Hang’Art à sorti plusieurs numéros de Pickles bien fun. Le dernier zine d’Eric Falier « Le Deuil de la page blanche » est magnifique. Et vous aurez encore l’occasion de découvrir plein d’autres artistes namurois dans le « Rocky Horror Picture zine ».

CM : Question en lien avec l’actualité et histoire de donner des idées à nos lecteurs-trices: Comment vous occupez vous pendant ce confinement ?

C&E : Déjà, on ne se lève plus à 6h tous les jours et c’est pas mal. On bosse depuis la maison (Harmony est coordinatrice dans une ASBL, Jérôme est prof de math). Le reste du temps, cappuccino au lit, lecture, jardinage, films, et un peu de sport avec pour objectif de savoir casser une noisette avec nos fesses comme Jean-Claude Van Damme.

Si on devait donner un seul conseil, ça serait de ne pas se mettre la pression pour être ultra productifs-ves ou efficaces et de ne pas culpabiliser si ils ou elles passent du temps à ne rien faire sur leur canap’. C’est une période très bizarre, avec beaucoup d’incertitude et de stress pour les travailleur-se-s précaires, les victimes de violences conjugales, les sans-papiers, les SDF et les personnes à la santé fragile et/ou isolées. Prenez soin de vous et des autres de votre mieux, la performance et la rentabilité économique attendront et ne devraient plus être le saint Graal après le confinement (du moins, on l’espère).

CM: Si des lecteurs-trices souhaitent se créer un zine, quel genre de matériel conseillez-vous ?

C&E : Du papier et ce qui vous convient le mieux pour vous exprimer dessus. Ensuite viendra le moment de vous faire plein d’ami-e-s au Copy Center du coin. Une agrafeuse à long bras peut être d’une aide précieuse, mais il existe aussi plein de technique de reliure jolies et faciles. Si vous êtes plutôt « scanner + ordi », les logiciels libres Gimp et Scribus font des merveilles pour l’édition et la mise en page.

Si besoin d’infos, écrivez-nous ! chocsetennui@gmail.com

CM : Pour terminer, comment pré-commander votre zine ?

C&E : Un petit tour sur notre site :

(ou le lien direct du formulaire : https://forms.gle/3qxFYEcWFEnAMtdXA )

Le zine est vendu à 7 euros + frais de port, une remise en mains propres bien lavées sera bien entendu possible pour les gens de Namur, une fois le confinement terminé !