

Interview de dessinateur Hamo
Le dernier jour du mois de février, j’ai pu rencontrer le dessinateur et coloriste belge Pierre Yves Berhin, plus connu sous le pseudonyme de Hamo, pour parler de la bande dessinée « Corentin Tréguier ».
L’incroyable expédition de Corentin Tréguier au Congo est sortie le 5 janvier 2023 et est tirée du podcast du même nom de Emmanuel Suarez. Il s’agissait d’une série en 10 épisodes diffusée sur France Culture et qui a rencontré un franc succès avec plus d’un million d’écoutes ainsi que divers prix.
À la suite de la disparition d’un grand scientifique français, Corentin Tréguier est recruté sur un malentendu pour découvrir ce qu'il lui est arrivé. Il se pourrait que cet homme de science se soit transformé… en singe !
C’est grâce à l’éditrice du projet que Hamo découvre cette histoire. Au début, pas du tout emballé, il décide quand même d’écouter le podcast pour lui faire plaisir, c’est là qu’il est pris d’un énorme coup de cœur pour cette aventure et qu’un mariage arrangé par l’éditrice s’installe entre le dessinateur et l’auteur.
« J’essaye de respecter au mieux leur projet, de le mettre en valeur et en image, de bonifier son histoire. J’essaye toujours avant tout de bien comprendre le personnage, son enjeu, le décor, et je me documente. Je choisis les projets qui me plaisent le plus en fonction de mes centres d’intérêt et je le laisse mûrir, parfois pendant des années. Ce qui compte c’est vraiment ce que le personnage vit et ça peut prendre des années avant de trouver enfin quelle histoire je veux raconter. »
Pierre Yves était tellement surmotivé à l'idée de donner naissance à cette BD qu’il est parvenu à dessiner en 9 mois quelque chose qui prend, en temps normal, aux alentours d’un an et demi. Le coloriste se retrouve vraiment dans le personnage de Corentin, dans son côté un peu naïf et idéaliste qui est devenu plus fort et rugueux au fil du temps. Il aime chacun de ses personnages qui sont pour lui vraiment très forts et même si le deuxième tome n’est pas encore écrit pour le moment, l’artiste espère pouvoir retrouver ses personnages et les faire évoluer encore davantage.
Il a pris beaucoup de plaisir à travailler sur cette œuvre, il l’aime beaucoup… même quand il se retrouve à devoir expliquer à sa fille de neuf ans pourquoi il dessine des personnages tout nu dans la forêt, ou à son fils si cette histoire est un OneShot.
Ce projet a roulé tout seul et n’a jamais représenté de réel problème… même s'il faut parfois trouver des petites astuces par ci par là comme pour des ellipses. Cette BD est pour tout public et se lit facilement à partir de 12 ans.
« L’histoire est vraiment très bien écrite, les dialogues sont très bons, les personnages sont vraiment bien incarnés. Donc, pour un illustrateur, c’est vraiment un plaisir d'illustrer ça. »
Fan de Tintin depuis son plus jeune âge, Hamo se retrouve avec ce projet qui est un peu un contre pied de la série de BD franco-belge que l’on connaît tous. Adorant par-dessus tout les histoires d’aventures, le dessinateur voulait faire un clin d’œil aux œuvres plus oldschool en donnant un côté plus classique à son travail. Il a pris la décision artistique de faire toute cette histoire sous forme de 3 strips par page. Il voulait quelque chose de simple, minimaliste et régulier, mais avec des animations dans les cases des plus variées.
« Pour moi, la BD belge ne veut pas dire grand-chose, la BD franco-belge un peu plus parce que l’on pense à Tintin, Astérix, Spirou, … Moi je m’en inspire beaucoup mais on est amené à faire évoluer les codes. Il y a forcément un peu de mélange des genres qui se fait à un moment donné. Je suis un peu défenseur d’une BD franco-belge qui a évolué. Ils appellent ça la ligne claire, c’est vraiment le trait noir un peu à la Tintin, et ils disent que je suis l’héritier de cette ligne claire. »
Corentin Tréguier est de loin un de ses projets préférés parmi les 20 albums qu’il a réalisés jusqu’à présent. Il rivalise uniquement avec le premier projet de Pierre Yves, “Noirhomme”. Une bande dessinée de chez Casterman très originale et barrée qui se passe au début du 20ème siècle et où le héros est un méchant. Dans son coeur, son premier et son dernier travail se battent pour la place de numéro 1 et, entre les deux, il a eu l’impression que de faire de la BD de genre, où les personnages n’ont pas beaucoup d’épaisseur.
Pour lui, illustrateur est un métier très difficile où il y a beaucoup de concurrence.
« C’est un métier d’ultra-passionné. Pour moi, il n’y a pas de conseil à donner aux gens. Si eux, ils ne ressentent pas le besoin plus que tout de faire ce métier-là, on ne peut rien pour eux. Je trouve que seule la motivation personnelle compte, la conviction. »
En conclusion, j’ai pu rencontrer Pierre Yves Berhin au Hang’art, endroit où il avait déjà été avec ses groupes de musique Camping Sauvach et Krakin'Kellys. J’ai pu découvrir quelqu’un qui aime son métier, passionné par celui-ci ainsi que par l’histoire, et j’ai pu apprendre beaucoup.
Pierre-yves Berhin (@hamo_illustrator) • Photos et vidéos Instagram
