Antéchronique de Jérémy Arnould

Samedi matin 9h, encore au fond de ton lit, tu sors difficilement de ta léthargie. Humeur massacrante et frustration : ta semaine a vraiment été pourrie. Ta meuf t’a encore plaqué, ta bagnole lâché, ton lait caillé, tes prouts mouillés et ton patron engueulé pour tes retards à répétition (c’était pourtant la faute à la SNCB !)… Et si ton vendredi soir t’avait au moins fait oublié tout ça ! Mais même pas, c’est raté : t’as passé ta soirée à la “fête des voisins”, coincé entre un couple (beaucoup trop) bien comme il faut et une mamie à moitié sourdingue. Bref, comme tu aimes à le répéter trop souvent ces derniers temps, ce samedi matin 9h15, t’as les boules, t’as les glandes et les crottes de nez qui pendent.

Tu sors de ton plumard les deux pieds joints, tu évites de marcher sur le chat et tu enfiles tes pantoufles à l’endroit. Ta tartine ne sort pas cramée du grille-pain et ton ex t’a même laissé un fond de Nutella. Ta journée pourrait plus mal commencer.

Au moment où tu avales ta première bouchée choco-café, ton téléphone se met à vibrer. Appel Messenger de Monique Mocheté.

Mais qui c’est, encore, celle-là ??

En panique, tu décroches.

Un visage maquillé à la truelle apparaît, les yeux injectés de sang. Le haut-parleur de ton smartphone se met à éructer : “Salut, espèce de vieille râclure de fin fond de bidet ! Tes complaintes de loser sont parvenues jusqu’à mes écoutilles. Ta vie est aussi moche que le fils caché de Charles Michel et Teresa May, aussi nulle que Depardieu au 100m haies, aussi dégueulasse qu’un sandwich au rat crevé ? J’ai la solution : y a plus qu’à s’en amuser !! Ce soir, à la BNP, c’est la der’ des Mochetés Scéniques : on y sera avec toute la clique ! Ramène tes claques et ta tronche antipathique : j’te promets qu’on va bien se poiler…”

Elle part alors d’un rire sardonique et tu raccroches, estomaqué.

Tu finis, pensif, ton petit-déjeuner.

Ta journée se passe étonnamment bien et tu décides d’aller à cette soirée.

Samedi 21h, tu débarques rue des Carmes. T’es en retard et tu aperçois une foule de copains : certains que tu connais, d’autres que tu reconnais sous leur déguisement de mocheté, d’autres encore que tu adoptes tout de suite vu leur look de dépravés.

Monique ne t’a pas menti : la fête bat son plein et l’ambiance est joyeusement dingo-déglingo.

À l’intérieur de l’ancienne banque, sous les guirlandes de culottes, les gens se dandinent et boivent des chopes. L’atmosphère est presque surréaliste quand on se souvient qu’au même endroit, il y a quelques mois, on venait négocier sa vie d’endetté…

Sur scène, un gros type, barbu et à moitié nu, se déchaine sur un violoncelle  et tape des pieds sur des grosses caisses… Le résultat est crasseux, punk et génial à la fois ! Tu comprends vite pourquoi sur les laids faciès de tes potes, un sourire s’est installé.


Mr Marcaille / Photo : Sabrina De Martin

Doucement mais sûrement, une douce folie te gagne. Ta vie est moche, mais qu’est-ce que cette soirée est drôle !

Professeur Postérieur, reine du sprot, achève de te mettre en transe avec sa séance d’aérobic sauvage. Il est presque minuit et les popotins se soulèvent en cadence.

Photo : Fabonthemoon

Pas plus tard que juste après, Sdorvia Desko, des français barjos qui feraient passer Die Antwoord pour un groupe de rigolos, balance leur hip hop trash fluo. Tu te retrouves entrainé au milieu du public dans un combat de breakdance improvisé…

La nuit est bien entamée, mais tu ne parviens pas à décoller. Tes potes te paient des coups, la musique des Djs continue à les rendre fous. La salle se vide doucement et tu as de plus en plus d’espace pour faire des moulinets avec tes bras. Tu t’épuises, mais tu sais que ton corps ne voudra pas quitter la soirée sans qu’il y soit contraint et forcé.

Dimanche matin, 03h15, c’est l’heure de s’en aller. Dans un dernier accès de frénésie, tu t’approches de la star de la nuit et tu lui dis : Épouse moi Monique, je te veux pour la vie.

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