A(Terre)issage réussi !

Chronique / Reportage / Interview : Laurie Macé et Photographe : Quentin Spitaels

Après une marche dans le village de Naninne, Quentin, mes filles et moi-même arrivons au bout d’une allée où nous sommes accueillis avec le sourire à l’entrée du “Festival Terre”. On nous explique le fonctionnement du festival, qualifié d’alternatif et multidisciplinaire : la participation pour l’entrée est libre et les artistes ne sont rémunérés que par le passage du chapeau. Ce festival est une initiative de l’ASBL “Le Temps Qu’on Sème”, ferme pédagogique, sociale et culturelle. La volonté des organisateurs est de proposer un week-end de partages, d’expériences, de rencontres, de sensations de liberté, hors de tout esprit de consommation. L’ambition est d’inviter au changement et à la pure écoute de soi pour percevoir le monde autrement et finalement y trouver sa place. 

En suivant cette invitation à prendre le temps, nous découvrons ce superbe lieu. L’atmosphère y est en effet décontractée et bienveillante. Instantanément, on se ressource, on se sent libre et léger. Comme le dit Joëlle, venue découvrir l’événement pour quelques heures : “Ce festival t’amène hors du temps. On entre dans une autre dimension… dans un monde de zénitude, de tranquillité. Je pense que même si tu es énervé à la base, dès que tu arrive, tu ressens un bien-être qui arrive à t’apaiser.”

Dès l’entrée, les bonnes odeurs de cuissons des pains saucisses nous attirent et nous découvrons un peu plus loin des assiettes de tartines, de crêpes, de gâteaux faits maisons,… Il y a de quoi se régaler dans pas très longtemps, et avec de bons produits. 

© Quentin Spitaels

Nous poursuivons notre balade dans le marché artisanal. Elle se déroule dans une ambiance musicale, rythmée aux sons reggae des 60’s à aujourd’hui avec Selecta Karlito. Les stands des producteurs locaux et artisans sont diversifiés : pain, fruits et légumes, fromages, céramiques, illustrations, bijoux, fleurs, savons, tisanes, cosmétiques, etc. Tous accueillis dès lors que leurs productions ne répondent pas à une logique industrielle, mais plutôt à une passion et au respect de l’environnement. Un premier arrêt au stand de Gaëlle, alias Gilda Fêlée, et Lola Pesesse pour leur dire “hello!” et déposer nos sacs. Les gens autour de nous sont intrigués et séduits par ces illustrations aux messages poétiques, féministes, inspirants et engagés. Notre marche reprend. Le clown Korkiii se balade lui aussi, allant de selfie en taquineries, voire en légères frayeurs parfois. 

© Quentin Spitaels

Peu après, via un autre sentier traversant un sous-bois, nous débouchons sur un atelier « Cercle de chant ». Quentin ne s’y attarde pas trop et continue son repérage pour ses clichés. Je présente les filles et discute avec Nawelle, une complice rencontrée lors de notre virée à “Le Parc!” une semaine plus tôt, preuve que ces événements sont riches en création de liens. Elle participe à cet atelier animé par Armony et Pascaline durant lequel petits et grands sont invités à chanter et danser en cercle.  Elle nous livre ses sensations : “L’atmosphère n’est pas focalisée sur un aspect super pro, mais plutôt sur quelque chose de brut tout en étant très touchant autant les chants en eux-mêmes que la manière assez simple dont ces deux femmes font l’expérience de leur atelier pour la 1ere fois ensemble. Les participant·es ne sont pas en attente de quelque chose de très spécifique et donc se laissent porter par l’expérience. Ce cercle de chant et danse est inspiré du passé, d’une sorte de sagesse ancestrale. Il y a un peu de magie à ce niveau-là, on est dans un imaginaire mythique… c’est très chouette !”

De retour au cœur du marché, mes filles sont attirées par le coin des grimages. Les pots d’argile revêtent des couleurs plus belles les unes que les autres, et les dessins proposés restent en cohérence avec le thème du jour, la nature. Les voici donc transformées en renards l’espace de quelques heures. On profite de ce calme pour papoter avec la grimeuse de son intérêt à participer à ce festival. “C’est la nature. Dès qu’on est dans la nature, c’est super! On se sent bien.”  Sa voisine de stand, qui réalise des suspensions en macramés ainsi que des bijoux, nous explique qu’elles cohabitent dans le même habitat groupé à Wépion et que participer à ce marché artisanal, c’est l’occasion de sortir ensemble pour partager leurs talents complémentaires. Elle ne dissimule pas son plaisir à être là. “Des aliments sains sont proposés, remplis de saveurs. Il y a beaucoup d’enfants, c’est génial. Les différents publics se retrouvent, échangent. Et puis, le lieu est magnifique. Chacun a son espace, on ne se sent pas oppressé.” Elles nous conseillent ensuite d’aller échanger avec une troisième membre du groupe, l’instigatrice de l’expérience collective, dont le compagnon tient le stand de fleurs. “ Ce qui me plaît dans ce festival c’est que c’est alternatif. Ce n’est pas un truc commercial. Le focus est mis sur les petits producteurs ou des gens qui ont simplement un hobby à partager. Puis, ce lieu est beau ! Il montre différents coins, des endroits naturels… c’est beau d’offrir ça. Et les produits à déguster sont aussi de qualité.”  

© Quentin Spitaels

En attendant les découvertes artistiques de l’après-midi, nous flânons dans un second espace dédié à la détente. La balançoire, cette simple corde et planche en bois suspendue à une branche, est le coup de cœur de nombreux enfants. Il y a aussi la cabane en bois, les jeux géants, la fresque participative, la proximité avec les ânes et chevaux. Nous n’étions pas présents la veille, mais il y avait également des contes et jongleries. De quoi ravir les enfants en plus des spectacles, des concerts d’ambiance et des plus intimistes. 

Dans sa globalité, le site est aménagé de fauteuils et autres mobiliers invitant au délassement. Celui-ci atteint son apogée avec la sieste musicale. Certains se couchent sur les tapis, d’autres restent assis, les yeux fermés. Nous nous laissons bercés, voire emportés, par les douces mélodies de Marie Périlleux, accompagnée par Lucas Lemage au piano. Nous retrouvons Nawelle et son ressenti : “Super beau. Absolument touchant, poignant, artistiquement très chouette.” Nous discutons ensuite de nos impressions générales au sujet du festival. “Je suis inspirée par l’endroit. C’est comme si ça nous donnait un peu le droit de rêver à un monde un peu différent, à un autre mode de vie où les gens construisent des choses ensemble. […] Je trouve ça très inspirant le fait d’être plongée dans cet univers, avec des gens qui vivent de leur passion, avec un mode de vie alternatif. C’est un peu comme dans un rêve. Voir les enfants jouer, se connecter, avec plus de liberté. Les rencontres avec les gens sont plus faciles. Ce festival amène quelque chose de bienveillant, d’ouvert d’esprit… de simple.”

© Quentin Spitaels

Ensuite, la découverte s’enchaîne avec le spectacle théâtral « Et après », annoncé comme “une métaphore clownesque d’un futur probable où la nature a disparu.” Accessible à partir de 6 ans, cette fable familiale de La Tournée Élément-Terre de CirK’IdylliQue a donc pour but de sensibiliser à l’écologie, au respect de la nature, et ce de manière ludique et attrayante. Et, à nouveau, Nawelle quitte le spectacle chamboulée et enchantée : “J’ai adoré ! La créativité du décor était fantastique, imaginaire avec des morceaux de bois et de plastique. Tout est fait un peu à la main, avec beaucoup de récup.  […] Depuis la porte d’entrée du dôme, tu vois plein de bouts de plastique qui pendent donc tu es tout de suite dans l’ambiance. Il fait tout noir. C’est un peu apocalyptique. On est tout de suite remplis d’émotions. Il y a cet homme très énervé, frustré, pas trop en bonne santé, un petit peu fou. Le message est fort.  Ce spectacle décrit un monde où il n’y a plus que du plastique et de l’acier, qu’il faut tout faire tout seul et qu’à un moment donné il n’y a plus rien à manger. Puis un enfant arrive de nulle part, très innocent. Tous les deux ont un jeu d’acteur d’un très bon niveau. L’adulte a fait pas mal d’acrobaties impressionnantes ; l’enfant est très touchant dans son silence, dans le scénario, dans ce qu’il représente. Il amène une plante, quelque chose de nouveau à goûter, de vivant. L’enfant réapprend à l’adulte la connexion, l’art de vivre ensemble, ce que c’est d’être humain. Le spectacle tourne autour du fait que c’est cette connexion qui libère et permet de retrouver la lumière. […] C’est très fort en émotions. D’ailleurs, le personnage ne sait pas bien gérer les siennes. Il casse tout car il a oublié comment être délicat avec la nature et les êtres humains. J’ai trouvé ce spectacle très beau.”

Avant de partir, Jen nous confie également ses impressions : “Ce festival permet de sensibiliser les festivaliers sur les questions liées à l’environnement. Après avoir passé l’entrée, on se sent dans un endroit serein très agréable. La sieste musicale, très belle découverte originale où tout le monde peut s’y poser, même les bébés. Le cadre est magnifiquement bien aménagé avec différents espaces adaptés pour les grands et les petits. Les personnes sont très conviviales et les artistes exceptionnels.”

La journée se termine devant le concert des Fanfoireux, venus mettre l’ambiance et faire danser les gens avec leurs chants, cuivres, batterie et autres instruments amenant à la fête ! Comme le décrivent les organisateurs, les Fanfoireux, “c’est comme un shot de rhum pris dans la jungle, une cavale à Bollywood, un coup de foudre au cap-vert! Les Fanfoireux ramènent les rythmes d’un monde métissé, et délivrent une musique électrique et décalée, boostée à l’énergie tropicale.” Difficile pour tous, organisateurs, artistes et festivaliers, de respecter un timing dans une telle atmosphère, et le concert joue, inévitablement, les prolongations du festival. 

© Quentin Spitaels

Comme le dit Quentin, “que demander de plus que de terminer une super journée assis dans l’herbe, une bière à la main, à écouter de la musique entourés de gens cools.” 

Sa conclusion résume cette journée : “C’était une découverte bien agréable.” 

Je pense que nous n’aurons aucune résistance du côté des enfants à revenir au “Festival Terre” pour nous ressourcer. Ils repartent autant enjoués que les adultes : “c’était bien!”, “j’ai aimé la balançoire et la cabane”, “j’étais tranquille”, “il y avait de belles chansons”. Rendez-vous donc en 2023 !