Arrêt sur Image : retour sur les photos de presse qui ont marqué 2020

Interview de Tiffany Vitali / Photos de Tiffany Vitali

Du 4 au 28 février a eu lieu la Rétro presse photo à la galerie du Beffroi. Entre moments forts, marquants et qui prêtent à sourire, l’exposition retrace en images l’actualité de cette année passée.

Tiffany Vitali

Un sujet était au cœur de cette rétrospective : la crise du coronavirus. Cependant, cela n’a pas empêché les photographes de presse namurois de sortir leurs plus beaux clichés avec un message commun ; celui de l’espoir.

Une partie de salle plongée dans l’obscurité fait découvrir au public le travail des étudiants en photographie et multimédia de l’IATA. Ils ont partagé, à leur façon, leur vision de l’actualité grâce à des photos et vidéos, notamment sur les fakes news.

Pour en savoir plus sur les coulisses de cette expo fascinante, Cinqmille est parti à la rencontre de Valérie Sacchi, chargée de communication au Service Culture de la Ville de Namur. Elle nous a accueilli avec un grand sourire et la visite de la galerie du Beffroi a pu commencer.

Cinqmille : Est-ce que cela n’a pas été trop compliqué de faire une rétrospective des photos de l’année passée comme le monde culturel était quasiment à l’arrêt ?

Valérie Sacchi : Oui et non. Oui parce que forcément il y a toute une série d’évènements qui n’ont pas eu lieu ou qui ont eu lieu avec des circonstances plus difficiles. Les masques, la distanciation sociale, un public clairsemé, tout cela fait que le travail des photographes était peut-être moins évident.

Mais en même temps, les photographes ont travaillé tout au long de cette année. Même si la culture était à l’arrêt, même s’il y a eu le confinement, les journaux ont continué de sortir. Et c’est aussi important de garder des traces de ce qui s’est passé cette année. Donc dans la rétro, on voit forcément des personnes avec des masques et des scènes dans les hôpitaux.

Tiffany Vitali / projet des étudiants de l’IATA

Le travail des photographes a été à la fois de couvrir ce qui touchait directement à la crise sanitaire mais aussi de continuer à fournir des photos de la vie quotidienne, de la politique, du sport et aussi un peu de culture. Je crois que les gens ont aussi besoin de voir autre chose que cette crise.

La difficulté de choisir les images relève des photographes, car ce sont eux qui ont fait la sélection. Ça a été plus difficile pour les étudiants de l’IATA parce qu’ils ont dû travailler dans des conditions complexes mais le rendu est intéressant. Cela donne un souffle nouveau par rapport à l’exposition et on découvre, par la même occasion, le regard des jeunes sur l’actualité.

C : Quelles photos vous ont particulièrement marquée ?

C’est une photo qui raconte une histoire.

Valérie Sacchi

Valérie Sacchi : Celle-ci, par exemple est une scène typique coronavirus dans un hôpital mais qui représente plein d’espoir parce que c’est un miraculé du coronavirus : André qui a 96 ans et qui a vaincu la maladie. C’est une belle photo, les gens sont masqués et en même temps, on sent l’émotion du personnel hospitalier. Comme dit Florent Marot, c’est une photo qui raconte une histoire.

Florent Marot

Dans le contexte des manifestations pour sauver la culture, cette photo est aussi très forte, la culture mise à nu. On a l’expression qui trouve tout son sens avec cette personne qui se met à nu pour montrer que la culture, elle-même, est un peu à poil dans ce contexte !

Jean-Christophe Guillaume

Cette photo-là aussi ! C’est un malade avec tous ses appareillages mais il sourit. Encore une fois, c’est une photo qui amène de l’espoir, c’est quelqu’un qui a été victime du coronavirus mais on voit qu’il a la volonté de s’en sortir.

Jean-Christophe Guillaume

C’est l’image qu’on a utilisé pour l’affiche. C’est toujours la difficulté quand on a cette rétro, en décembre on doit sélectionner la photo qui représentera l’exposition. Ici, Jean-Pol Sedran a proposé cette photo, prise lors de Namur en lumière et nous rappelle qu’il y a de l’espoir pour la culture.

Jean-Pol Sedran

Dans cette scène, cette dame rencontre son fils, ils sont séparés par une vitre. On devine une certaine douleur mais cette photo est aussi assez belle et remplie d’émotions. Elle a été prise au début de la crise mais reste d’actualité des mois plus tard.

Ce cliché représente le courage et la volonté.

Valérie Sacchi

Sur cette photo, le photographe avait mis en avant une jeune fille qui a eu un accident et a perdu ses jambes. Malgré son handicap, elle a recommencé à exercer sa passion, à faire de l’équitation. Ce cliché représente le courage et la volonté.

Jacques Duchateau

Finalement cette rétro, il y a beaucoup de variété. Quand on regarde le travail de tous ces photographes de presse, chacun a une vision différente de l’actualité. Il y a des photos plus sportives, de cuistots qui ont dû se réinventer, des manifestations…

C : Avez-vous déjà organisé des rétrospectives dans d’autres domaines ?

Valérie Sacchi : La rétro presse existe depuis 30 ans. Au début, l’objectif était de mettre en avant les photographes namurois et l’actualité namuroise. Au fil du temps, les photographes ont travaillé pour des agences de presse ou ont couvert l’actualité belge, voire internationale et donc pas exclusivement namuroise, donc nous nous sommes adaptés. Par rapport à il y a 30 ans, le souhait est toujours de mettre en lumière les photographes de presse namurois, mais les clichés traitent une actualité plus diversifiée : locale, nationale, internationale, sportive, culturelle.

Tiffany Vitali

Il y a bien sûr d’autres expos organisées dans cette galerie, mais la rétro fait partie des rendez-vous récurrents, un peu comme un marronnier.

Quand on a commencé la rétro presse, il n’y avait pas les réseaux sociaux. La photo paraissait dans le journal et puis après, on ne la voyait plus. C’était une façon de valoriser les photographes, d’afficher leurs clichés en grand, de mettre davantage en avant l’aspect artistique de leur travail. De nos jours, avec les réseaux sociaux, on a accès à tout, les photos sont partagées. Néanmoins, l’exposition permet aux visiteurs de parcourir les photos en grand format et de tout voir au même endroit.

C : Vous en avez déjà un peu parlé avant mais comment avez-vous travaillé pour la sélection des images ? Y-a-il certains critères ?

Valérie Sacchi : Ce sont les photographes qui ont sélectionné les photos. On leur laisse la liberté et ils peuvent laisser libre court à leur imagination. On n’est jamais intervenu pour dire qu’une photo ne convenait pas pour l’expo. On leur demande bien sûr la légende de la photo, de façon à ce que les visiteurs puissent aussi comprendre le contexte.

Je m’occupe de la communication et mon collègue, Philippe Gayet, s’occupe davantage de l’organisation. Les photographes savent chaque année qu’en septembre/octobre, ils seront recontactés pour préparer leurs photos. On prend contact avec eux, ils nous envoient leurs photos et nous payons le développement.

C : En quoi cette galerie est-elle différente d’une galerie d’art privée ?

Valérie Sacchi : La galerie est gérée par notre service. Un certain nombre d’événements sont organisés sur l’année, toujours gratuits. Nous prenons en charge l’aspect communication, les assurances, etc. La galerie est aussi mise à disposition de peintres, artistes, collectifs… à d’autres moments de l’année

Il y a également des expositions que nous n’organisons pas. Donc la galerie a peut-être une plus grande ouverture, dans le sens où il peut y avoir sur l’année une exposition de photos, de sculptures, des expositions liées aux gros événements qui rythment l’année namuroise (comme le FIFF)… Il n’y a pas vraiment de fil conducteur !

Tiffany Vitali

Dans une galerie d’art privée, le ou la galeriste a un réseau d’artistes et en fonction de ses coups de cœurs et de ses affinités. Chacun.e a une spécificité. Or ici, c’est plus ouvert et plus hétéroclite. Par exemple, la semaine prochaine, c’est Namur – Europe – Wallonie qui va avoir la galerie. Ensuite, on va organiser une expo qui s’appelle Mobilis et puis c’est un professeur qui exposera.

Les expositions se suivent et ne se ressemblent pas.

Si vous souhaitez plus d’infos sur les prochaines expositions, ça se passe sur la Galerie du Beffroi !

Tiffany Vitali