d’Elle et Max V : ça rappe vrai

Chronique et illustrations de François D’Alcamo / Interview de Laurie Macé / Photographies de Sébastien Roberty

Le 24 octobre, dans un contexte certes particulier, nous nous sommes rendus au Delta. Ce haut lieu culturel de Namur organisait la soirée « ContextAction », un laboratoire créatif qui avait pour ambition de mettre en valeur le potentiel de la jeunesse. Des jeunes engagés, créatifs étaient donc invités à présenter leur travail artistique, parler de leur citoyenneté, dénoncer, rêver aussi pour finalement bousculer. Le tout dans une atmosphère festive et familière. 

d’Elle sur scène

Dés le début, l’artiste émergente, d’Elle assume et revendique fièrement la fabrication artisanale de sa musique : elle écrit, compose, interprète, mixe elle-même tous ses morceaux. On la sent heureuse d’être là, enthousiaste de partager ce nouveau projet pour la première fois devant un public.

Très à l’aise sur scène, elle commence avec Pote, réveille-toi, suivi de Monde parallèle qui parle d’évasion, parfois saine ou moins saine. De sa musique se dégage une vibe années 90 voir années 2000. Tout d’abord par la présence de refrains chantés (avec une belle justesse), d’instrus composées avec des samples de voix pitchées et la nature des textes thématisés et souvent engagés : de plus en plus rare dans le paysage rap mainstream des dernières années.

Elle poursuit avec les 3 morceaux de son futur EP : Fonce, Sous influence « (…) 1ère clope, 1ère chope (…) » et No love. Dans ce dernier, la rappeuse nous gratifie d’un refrain chanté en anglais so 90’s. Elle ne manque pas de dédicacer ses proches avant le touchant « j’rêve » dans lequel elle parle des encouragements qui lui ont donné la force de se lancer à fond dans le son, le tout sur une instru qui évoque une berceuse « (…) J’m’en fiche d’amasser des millions (…) ». d’Elle dédicace son dernier track aux démons, un morceau urgent et épique caractérisé par une touche de musique classique. Tout au long du concert, une vraie complicité s’installe entre la jeune femme et le public, elle rythme les temps de pause en nous livrant ses ressentis avec simplicité et honnêteté. Toujours avec le smile, le courant passe, les cris et les applaudissements du public en témoignent.

Crédit photo: Sébastien Roberty

Max V sur scène

Sans fioriture, le jeune rappeur débarque sur scène comme à la maison. Avec aisance, il propulse ses rimes acérées à la sulfateuse. Max gère tellement bien son souffle qu’il nous le coupe à plusieurs reprises avec des flows à rallonge : impressionnant !

Mis à part une parenthèse (un peu) plus douce qui aère son set, c’est avec urgence et régularité qu’il déploie sa science de la rime tout au long de son concert. « Aaah Ouais ! ». Max V c’est compliqué à la première écoute, pas facile d’accès pour un public non-averti, mais c’est comme ça et pas autrement, brut, dense et exigeant : du rap quoi !

Le namurois a le crachoir, la dalle au micro, il n’hésite pas à dresser son majeur à plusieurs reprises, ça décoince, ça défoule et ça fait du bien par où ça passe ! Il nous gratifie d’un set composé de titres inédits issus d’un projet en préparation (à l’exception des deux derniers morceaux). Pour ces dernières cartouches, il performe avec ses partenaires du label « Citadel Lost Kids ». On accueille Patee Gee (Just Tise League) qui lui fait la passe sur son titre Les traitres sont partout. En guise de dessert, le concert se clôture de la même manière que 4 roues motrices, l’EP de Max V et Charly Kid. Ce dernier le rejoint sur scène accompagné par Bigbi (Just Tise League) pour le posse-cut Le château sur une prod. nocturne et lancinante signée Tommy Rich.

Crédit photo: Sébastien Roberty

INTERVIEW //

Nous nous sommes glissés dans les coulisses pour discuter avec les deux artistes namurois, juste avant leur passage sur scène. Avec sincérité et introspection, d’Elle et Max V nous ont livré leurs ressentis, conté leurs visions du monde, confié leurs espoirs, leurs doutes, leurs bilans et perspectives artistiques.

Cinqmille : Comment décrieriez-vous vos sons actuels ? Des influences ?

d’Elle : Moi je fais tout en auto-production : je compose tout, j’écris tout et je mixe tout. L’influence que j’ai voulue, c’est celle des années 90. Je suis moins dans la mouvance actuelle. Je pense que c’est pour ça qu’on m’a appelée pour cette soirée à contre-courant. Je vais présenter 7 morceaux ce soir, dont les 3 morceaux de l’EP que je suis en train de préparer. Je termine de le mixer tout doucement,  il devrait partir au mastering tout bientôt. J’ai déjà un album en écriture aussi. Donc, il y a des choses qui arrivent, mais ça prend du temps.

Max V : Moi ça fait 10 ans que je suis dans la musique et pratiquement 8 ans de rap. J’ai déjà sorti 2 projets ; il y a 5 ans [Le Pèlerin]  et l’an passé avec Charly Kid [4 Roues motrices] , un autre membre de notre label namurois « Citadel Lost Kids » dans lequel on regroupe 4 rappeurs, des graphistes et des DJ’s. On a fait un peu le tour de Namur ces 3 dernières années. Et maintenant, je travaille sur un nouveau projet solo. Personnellement, je viens du rock à la base. Je suis guitariste bassiste et j’ai eu cette transition qui s’est faite vers le rap naturellement. Mes influences ? Je fais un peu de tout. Je ne suis pas fermé : je peux écouter du « System Of A Down », et revenir sur du rap purement français, puis écouter la drill de maintenant. J’écoute vraiment de tout, après je puise et je fais ma propre popote. [rires]

Je n’aurais jamais imaginé me dire un jour « allez, lâche tout et investis-toi là-dedans ! » Finalement, c’est vraiment ça qui me rend heureuse.

d’Elle

Cinqmille : d’Elle, tu étais orientée vers une toute autre carrière à la base. Qu’est-ce qui t’a amenée ou ramenée vers la musique ?

d’Elle : On va dire « ramenée » parce que j’écris depuis que j’ai 14-15 ans. Le rap, il n’est pas nouveau pour moi. C’est juste qu’avant c’était vraiment un simple hobby. Je n’aurais jamais imaginé me dire un jour « allez, lâche tout et investis-toi là-dedans ! ». Finalement, c’est vraiment ça qui me rend heureuse. J’ai un master en gestion ; j’ai travaillé dans une banque pendant 4 ans … Et puis, un jour, grosse remise en question : ce n’est pas la voie qui me convenait. Du coup, j’ai osé, j’ai tout lâché et j’suis partie étudier à l’IMEP parce que j’avais envie d’aller plus loin dans l’étude de la musique. Je composais d’oreille à la base, mais je voulais pouvoir la lire et écrire des partitions. En section informatique musicale, ça me permettait d’allier tout ce que je voulais : la partie composition électronique, mais aussi l’étude de la musique avec sa théorie musicale. J’ai pu ainsi commencer à mieux développer ma musique.

Cinqmille : Max V, c’était une voie inévitable la musique pour toi, une évidence ?

Max V : Ça a toujours fait partie de ma vie. Mais je travaille sur le côté, j’ai mon boulot … Ce n’est pas la musique qui me fait vivre ; je la vis comme un plus. Je suis assez conscient de l’emplacement dans lequel on est et qu’à Namur ce n’est pas évident de percer. Si ça pète, tant mieux ; mais je ne suis pas dans l’optique « Il le faut ! ». Je l’ai eue, les 2-3 premières années, où on était un peu dans cette hype avec le groupe. On a des copains qui ont percé ; on a commencé à peu près en même temps que Roméo Elvis, Caballero & JeanJass, … Si ça ne prend pas, on aura eu plein de beaux souvenirs et d’expériences. C’est surtout ça que je garde. Au fond, personnellement, je ne me vois pas encore à 50 ans faire du rap. Je pense que je serai toujours dans la musique, mais à une autre place.

Cinqmille : Et pour toi, d’Elle, la musique elle prend quelle place dans ta vie actuellement ?

d’Elle : ça prend toute la place. Je m’y consacre à temps plein. J’étudie encore pour le moment : je fais un master complémentaire en management d’artiste et production de concert. J’avais envie d’ajouter une corde à mon arc en plus du fait de composer et d’écrire. Je co-écris aussi des projets avec des artistes. Tout cela est encore dans l’ombre. Mais, je veux rester dans le secteur de la musique, même si ce n’est pas comme artiste en tant que tel parce qu’il y a plein d’autres métiers autour de l’artiste. J’avais envie d’aller plus loin, d’étudier tout cela, de savoir de l’intérieur comment ça se passe pour gérer un artiste, lui permettre une belle visibilité, lui trouver des dates de concert, travailler sa direction artistique, etc. Il y a aussi la production de concert, comment créer un événement, un festival, toute une saison de concerts au sein d’une maison culturelle ou en tant qu’indépendant. Au vu de la situation sanitaire actuelle, je ne sais pas comment la formation va avancer et être riche en expérience, mais ce sera toujours la musique, et rien d’autre !

Crédit photo: Sébastien Roberty

On est un peu passé partout. Mais, j’crois qu’un des meilleurs concerts que j’ai fait à Namur c’était au Piano bar. C’était blindé et on a tout cassé parce qu’on était 300 dans le truc !

Max V

Pour ma part, ici à Namur, au Delta. Jouer dans sa propre ville, pour moi c’est vraiment porteur de sens.

d’Elle
Crédit photo: Sébastien Roberty

Cinqmille : 1ère scène avec une certaine ampleur, peut-être ?  Vous êtes tous les deux namurois d’origine. Ça a une saveur particulière de se produire à Namur dans un lieu phare de la culture ?

d’Elle : Je suis déjà un peu montée sur scène, mais avec des événements non-officiels et bien plus petits. Mais pour ce projet « d’Elle », c’est ma 1ère scène.

Max V : C’est un peu comme à la maison. Maintenant, c’est à double tranchant car c’est souvent devant plus d’amis, la famille, … Après, avec la situation d’aujourd’hui, on va se retrouver devant des gens assis. Ça m’est déjà arrivé et c’est plus compliqué ; le regard est plus droit, les gens sont vraiment dans l’observation. Sinon, à Namur on a déjà joué au théâtre, on a fait le Verdur Rock, … On est un peu passé partout. Mais, j’crois qu’un des meilleurs concerts que j’ai fait à Namur c’était au Piano bar. C’était blindé et on a tout cassé parce qu’on était 300 dans le truc !

Monter sur scène c’est l’envie d’envoyer un message que j’espère le plus large possible ; toucher un maximum de monde.

d’Elle

Cinqmille : C’est le contact proche avec le public qui te procure ce plus …

Max V : Quand on fait un petit concert, on a le public à un mètre de nous ; les gens sont motivés, chauds, font des checks … On sent vraiment le truc. Ici, il y a déjà une distance qui est imposée, on est à 2 mètres, la scène est plus haute, etc.  Ce n’est pas la même communion mais c’est plus professionnel, dans un cadre différent qu’il faut assumer. Les concerts, c’est fait pour ça aussi, faire une expérience différente à chaque fois.

d’Elle : ça me procure beaucoup d’adrénaline et de stress. Ce soir, je suis méga stressée ! J’espère que de morceau en morceau ça va aller mieux. C’est un sentiment difficile à décrire. D’autant plus, pour ma part, ici à Namur, au Delta. Jouer dans sa propre ville, pour moi c’est vraiment porteur de sens.

Maintenant, il ne faut pas tomber dans le piège du rap simplement contre la société, de se battre sans même savoir pourquoi, juste parce qu’il y a des trucs qui nous emmerde. Je pense qu’il faut avoir des vrais messages.

Max V

Cinqmille : Aujourd’hui, on entend parfois dire que la musique a tendance à primer sur les paroles. Qu’en pensez-vous ? Des messages insistants dans vos textes ?

d’Elle : Je ne pense pas que la musique remplace un peu les paroles. Ça dépend peut-être des genres dans lesquels on se trouve. Ici, on est vraiment sur du rap francophone, du rap belge et le texte a son importance. Monter sur scène c’est l’envie d’envoyer un message que j’espère le plus large possible ; toucher un maximum de monde. Mais, je ne fais pas de la musique pour toucher les autres. Je la fais parce qu’à moi elle me procure du bien. Et si au passage ça peut toucher des gens, c’est tant mieux.

Max V : Souvent ma musique est festive. J’ai des revendications, c’est sûr. Maintenant, il ne faut pas tomber dans le piège du rap simplement contre la société, de se battre sans même savoir pourquoi, juste parce qu’il y a des trucs qui nous emmerdent. Je pense qu’il faut avoir des vrais messages. Qu’on fasse n’importe quelle musique, il y a des thèmes récurrents : la famille, les amis, les trucs un peu bateau qu’il faut remettre à sa sauce. Maintenant, à l’heure actuelle, je ne me verrais pas faire un album de reggae « tout l’monde est cool, tout l’monde est gentil ». Mes nouveaux sons, ils s’approchent davantage d’une mouvance où, clairement, je dis que je suis moins sympa avec les gens parce qu’ils le sont moins avec moi. En plus, on est dans une période compliquée où les gens se divisent. Tout ça, j’en parle assez souvent.

Crédit photo: Sébastien Roberty

d’Elle : Moi, parfois, je pars avec une idée très précise de message. Mais majoritairement, je me laisse bercer au niveau du ressenti émotionnel, ce que j’ai à l’intérieur. Je parle des choses qui, moi, me touchent, me sensibilisent. Je vais parler du monde en général, sur lequel je n’ai pas un beau regard. Je le trouve moche, vraiment très moche. Et en même temps, je peux parler d’amour ; même si j’en parle assez peu parce que l’amour et moi ce n’est pas génial. [rires] J’vais parler de la façon dont on peut être dans sa tête, simplement. « Vouloir s’évader », j’en parle dans « Monde parallèle » où l’idée est de dire qu’on en a tellement marre de ce monde de merde qu’on a envie de s’évader. Donc, oui, un peu comme Max, je n’ai pas de thématique précise ; je voyage en fonction de ce que je ressens et aussi en fonction de l’instrumentale, parce que je travaille soit du texte à l’instru, soit de l’instru au texte.

Crédit photo: Sébastien Roberty

Max V : Oui, les notes peuvent influer complètement dans la création d’un morceau. C’est sûr que sur un piano un peu triste, on ne va pas faire une chanson joyeuse.

Cinqmille : Et toi, tu es à la composition aussi, Max ?

Max V : Je ne compose pas de manière digitale, mais j’assiste. Je sais jouer de plusieurs instruments mais je ne les enregistre pas. Je sais vers quoi je pars et des gars font les instrus pour moi. On réfléchit ensemble. Eux gèrent la musique ensuite. Puis, moi j’écris le texte.

Cinqmille : Donc, tu crées essentiellement autour de collaborations … Et toi, Delphine, tu es davantage dans une démarche solitaire …

d’Elle : Je suis autodidacte et toute seule dans mes 4 murs. C’est un peu le perfectionnisme qui fait ça … C’est aussi parce que je suis quelqu’un qui aime avoir le contrôle. J’ai envie d’exprimer les choses comme je les ressens. Donc, je pars du principe qu’il n’y que moi qui sais ce qu’il se passe dans ma tête, à l’intérieur. Par contre, j’ai beaucoup d’empathie, donc je sais me mettre à la place de l’autre et écrire pour lui. Après, je ne suis pas contre des collaborations mais je suis exigeante, je sais ce que je veux, ce que je ne veux pas.

Max V : Moi j’ai déjà essayé tout ce qui est mixage. Mais je suis plus dans l’action que rester 4 à 5 heures derrière le PC, réfléchir et réécouter 5 à 20 fois. Je suis plus un homme de terrain, on va dire.

Crédit photo: Sébastien Roberty

Cinqmille : dElle, ton prénom c’est Delphine, on peut faire le lien avec ton nom de scène…
Le pronom « elle » a son importance pour toi ?

d’Elle : Oui, ça a du sens dans la mesure où c’est mon papa qui m’a trouvé ce blaze quand j’avais 14 ou 15 ans et que je faisais un peu de rap dans ma chambre. Je cherchais quelque chose et il m’a dit « Tu n’as qu’à prendre Del, mais tu l’écris d’Elle ». Ça a encore plus de sens aujourd’hui, dans la mesure où je suis seule et je fais tout par moi-même. Le « d’Elle » pour le « ça vient d’Elle ». Voilà, c’est juste l’idée du 100% moi (…).

Cinqmille : Le beatmaking et le rap sont encore très masculins. Difficile de prendre sa place en tant que femme ?

d’Elle : Oui, c’est vrai. Les « femmes beatmaker », il n’y en a pas assez d’ailleurs … Ou du moins, on n’en entend pas assez parler parce qu’il y a des mouvements, des collectifs de meufs. En Belgique, il n’y en a pas beaucoup, mais ça existe. C’est comme le métier d’ingénieur du son. Il y a très peu de femmes. Pourquoi ? Je ne sais pas.

Crédit photo: Sébastien Roberty

Max V : Les rappeuses, il n’y en a pas beaucoup ! (…) Du féminin dans le rap, c’est tout à fait possible. Ici à Namur et dans les alentours, je pense que le problème c’est que tout le monde est dans une mouvance un peu dure. Dans les nouvelles générations, les filles qui veulent s’inscrire dans le milieu se sentent peut-être obligées de s’inscrire dans cette mouvance. S’il y avait une autre mode, ce serait différent, les gens agissent par mimétisme parce que cette musique fonctionne. Moi le premier. Il y a plein de sons qui pètent et que j’adore et inconsciemment, comme le son je l’aurai écouté 1000 fois, ça va influer dans mes directions artistiques.

Cinqmille : Une petite rivalité homme-femme aussi ? Surenchérir pour prouver quelque chose ?

Max V : Oui, ça joue aussi. C’est un peu un mix des 2.

d’Elle : Mais, je pense que le rap a quand même été longtemps fermé. Maintenant, il devient nettement plus ouvert qu’avant. Quand je faisais mes textes, adolescente, dans ma chambre (Et j’ai 37 maintenant), c’était très difficile en tant que fille de se faire une place. Et je rejoins Max, je ne suis pas fan des meufs qui se prennent pour des bonhommes. Il y a juste une rappeuse française que j’admire énormément pour ce qu’elle a dans le pantalon, c’est Casey. C’est l’exception. Et encore, c’est autre chose, parce que, dans sa nature elle est comme ça ; c’est sa personnalité et elle ne s’invente pas un personnage pour faire du rap. Une autre meuf que j’aime beaucoup, c’est Fanny Polly. Elle amène une touche féminine et ne se prend pas pour un bonhomme ; elle fait de la danse en même temps qu’elle rappe.

Max V : Chilla, c’est pareil. C’est très féminin.

d’Elle : Moi, j’pense que ça évolue. Avant, t’avais des trucs à prouver en tant que femme.

Max V : Ouais, mais c’est plus dur. Ça l’est toujours à l’heure actuelle. On ne va pas se mentir …

Crédit photo: Sébastien Roberty

Cinqmille: Donc, à la base tu rappes et maintenant tu intègres le beatmaking dedans ? C’est quoi l’évolution de vos projets, vers quoi vous allez ?

d’Elle : En fait, j’ai commencé par l’écriture parce que j’ai eu le besoin de sortir mes émotions à un moment donné. Puis, en 2010, j’ai eu l’occasion d’avoir un peu de matos, pas trop cher. Du coup, j’ai commencé à chipoter d’oreille, à faire du beatmaking juste pour le plaisir. Puis, avec ma formation, les sons ont pris plus d’ampleur. J’ai eu une vision plus précise de la musique. Les cours techniques sur le mixage m’ont fait faire des bons. Donc, vers où je veux aller ? J’pense qu’à un moment donné, je vais avoir envie de créer un projet plus gros. J’ai des idées en tête qui germent, et pas uniquement des projets pour moi, mais également des projets plus globaux pour aider les artistes qui s’autoproduisent parce que ce n’est pas facile de trouver les bonnes infos, les bonnes personnes pour s’entourer… mais je ne vais pas m’avancer, parce que je n’ai pas envie d’annoncer des choses qui n’arriveront pas.

Max V : J’ai fait beaucoup de collaborations. J’ai des projets qui ont avorté … J’ai eu des groupes à droite à gauche, avec des gars de Bruxelles, Liège, Charleroi … Il y a un an et demi, je suis allé à Dakar enregistrer un album avec des dakarois … Et on attend toujours qu’il sorte, d’ailleurs. [rires] L’évolution de ma musique, fait que, maintenant, je me focalise sur mes trucs. J’ai donné assez « aux autres ». Je me concentre vraiment sur moi et on verra ce qu’il se passe. J’ai quasiment bouclé mon deuxième projet solo ; j’ai 30 sons, je vais essayer de choisir.

Cinqmille : Tu es totalement absente des réseaux sociaux et plateformes, d’Elle … Un choix ?

d’Elle : C’est vrai, je n’existe nulle part. Je suis perfectionniste et comme je travaille seule, ça prend du temps. Puis, la gestion des réseaux sociaux je ne connais pas trop et je n’ai pas envie de mal faire. Pour le moment, je mixe encore le projet. Comme je veux essayer de faire les choses bien, la perfectionniste que je suis freine beaucoup. Mais, je ne suis pas une anti-réseaux … Et il va falloir que je m’y mette ! [rires] Pour moi, c’est une chance de venir chanter ici ce soir alors que je n’ai pas encore un EP en streaming.

J’ai commencé comme ça il y a 10 ans. Il y avait encore du monde qui rappait dans la rue. Tu arrivais Place du vieux, tu lâchais ton couplet. Si t’es nul, on te dégage !

Max V

Max V : Après, c’est une belle démarche aussi. A l’heure actuelle, avec les réseaux sociaux, notre musique a un temps de vie réduit. La qualité est réduite sur tout ce qu’on envoie. Le fait de te mettre en retrait et être sûr de ce que tu vas lancer, c’est à double tranchant. Tu vas attendre de trop et ton son il va vieillir, t’auras plus envie de le sortir … mais ça te permet aussi de le perfectionner. Si t’arrives à former une fanbase sans les réseaux sociaux, c’est mieux ! J’ai pas mal réfléchi à cette manière-là ; je ne suis pas beaucoup présent non-plus sur les réseaux, ce n’est pas ma génération. Il y a d’autres alternatives … Même si, actuellement, c’est plus compliqué vu que les événements sont presque tous HS. On ne va rien faire cette année. Mais sinon, ce qui est open bars, les cafés, etc. ça permet de s’instaurer et de se faire voir dans le milieu. A partir du moment où on est « implanté », trouver un studio, un graphiste qui fait les clips, etc. c’est nettement plus simple et ça te permet d’outrepasser les réseaux sociaux. Le vrai lien est plus facile, plus réel, plus direct. T’auras plus de résultats, parce que les messages sur Facebook, ça s’évapore.

d’Elle : Oui, c’est ça, il y a une dimension marketing dans la musique qui est forte maintenant avec tout cet aspect « réseau social ». C’est un truc avec lequel j’ai du mal car je fais de la musique, pas pour l’image, mais par passion. Sinon, je n’aurais jamais osé changer de vie. Pour faire les choses bien, il faut prendre le temps.

Max V : Quelque part, il faut savoir faire de la musique et savoir la vendre. C’est pour ça qu’il faut s’entourer de personnes.

d’Elle : Mais je vais m’y mettre et plancher là-dessus. C’était l’idée de se dire « tu fais le concert et après ça, c’est le coup de pied au cul ma fille ! Et ‘faut qu’on puisse te trouver quelque part ! ». Il faut qu’on puisse me trouver et que ceux qui m’ont vue en concert puissent réécouter chez eux … Sinon, ça retombe très vite et on t’oublie.

Max V : Le fait de te mettre en avant et d’aller vers les gens, c’est quelque chose que tu vas être obligée de faire. Déjà, avoir le courage de se pointer sur cette scène directement, ça montre que tu as les capacités de le faire. Le concert ici, c’est le meilleur moyen pour voir si tu aimes vraiment ça. Ou alors, tu peux aller faire une freestyle dans la rue avec des gens que tu ne connais pas. J’ai commencé comme ça il y a 10 ans. Il y avait encore du monde qui rappait dans la rue. Tu arrivais Place du vieux, tu lâchais ton couplet. Si t’es nul, on te dégage !


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